''Les Républicains'': le culte du chef

La droite sacrifie volontiers au culte du chef. Dans le domaine scolaire, cela se traduit par des propositions pour un pouvoir nettement accru du ''chef d'établissement'' (des propositions qui acquièrent de la consistance et de l'acuité dans le contexte actuel de la primaire de droite relancée depuis la rentrée).

Nicolas Sarkozy : « Mettre en œuvre trois mesures indispensables : l'autonomie, le renforcement de l'échelon local, la mise à leur véritable place des syndicats de l'Education nationale […]. Il faut donc donner davantage de responsabilités au chef d'établissement qui doit pouvoir tenir compte de son environnement géographique, social, culturel pour adapter son organisation pédagogique » ( « La France pour la vie », Plon, janvier 2016, p. 251)

François Fillon : « Je définirai un nouveau cadre réglementaire dans lequel les établissements scolaires auront plus d'autonomie, avec des chefs d'établissement responsables, investis de réels pouvoirs » ( « Faire », Albin Michel, octobre 2015, p.159). « Autorité ! La responsabilisation des établissements, et en premier lieu de leurs directeurs [sic] aura sur ce point des effets favorables. Quand les responsabilités sont claires et distinctes [Fillon serait-il le Descartes de ''l'autorité''?] et non diluées dans une chaîne hiérarchique infinie, il est plus facile de prendre des mesures énergiques » (ibid, p. 159).

Sur son site « Force républicaine », François Fillon a proposé dès avril 2014 de « donner aux chefsd'établissement du second degré ledroit de recruter les enseignants » et de « donner aux directeurs d'école de réels pouvoirs de promotion des professeurs » (Gérard Longuet, dans la discussion de ces propositions, évoquant que « le principal ou le proviseur dispose d'un certain nombre de ''points'' ou d'une masse salariale»).

Jean-François Copé s'est aussi prononcé de longue date sur ces sujets qui lui tiennent à cœur, en particulier lors de la Convention de l'UMP sur l'Ecole qui a eu lieu en novembre 2010 : « Il nous faut faire du chef d’établissement le pivot de l’établissement. L’autonomie cela veut dire qu’il faut s’adapter à la diversité des élèves et que les chefs d’établissement puissent constituer leur équipe pédagogique ». Gérard Longuet, sénateur de Lorraine , avait surenchéri en affirmant qu’ « il faut qu’un patron [le chef d’établissement] puisse rentrer dans les classes et puisse faire une exfiltration des enseignants qui sont en rupture avec son projet pédagogique ».

La convention de l'UMP suivante, le 4 novembre 2011 (alors que Jean-François Copé est devenu son secrétaire général) met en avant deux propositions : « Mettre en place une vraie évaluation des enseignants par le chef d'établissement » ; « Le renforcement de l'autonomie des établissements doit signifier la possibilité pour le chef d'établissement (principal de collège, proviseur de lycée, mais aussi, à terme, directeur d'école) de recruter librement son équipe enseignante et d'administration ». Pour faire bonne mesure, François Copé prône, durant cette même convention de novembre 2011, l'urgence d' « un management qui permette par exemple [ou pour l'exemple?] de se débarrasser d'un chef d'établissement inefficace et de faire de ceux qui sont bons de vrais chefs ». Obsession et culte du chef : où cela nous mènera-t-il ?

Toujours est-il que le candidat à la primaire de droite Jean-François Copé persiste et signe dans le chapitre ''éducation'' de son projet pour les présidentielles : « L'autonomie laissée au chef d'établissement et à son équipe »

Bruno Le Maire propose de « donner davantage de pouvoir et d'autonomie aux chefs d'établissement, qu'ils soient plus libres [sic] de recruter et évaluer les professeurs avec une rémunération en conséquence » (site de RTL, 1er septembre 2016).

A la Convention de l'UMP de novembre 2010, Frédéric Reiss (député du Bas-Rhin et auteur d'un rapport parlementaire sur la direction d’école) s’était empressé d’affirmer que « nos écoles ont surtout besoin d’un patron ; le directeur d’école doit devenir le représentant de l’Etat ».

L'attention portée ces dernières années sur le niveau du primaire oblige. Le « Document d'orientation » sur l'Ecole proposé le 6 avril 2016 (par le parti « Les Républicains » sous la houlette de son secrétaire général Nicolas Sarkozy) se focalise sur ce degré d'enseignement : « Au niveau du primaire, les directeurs d'école doivent avoir l'autorité nécessaire pour piloter leur établissement, ou les futurs établissements du premier degré (EPEP ou école fondamentale). Cette mesure , simple à mettre en œuvre, vise à raffermir l'autorité du directeur d'école »

Et le candidat à la primaire de droite Nicolas Sarkozy vient de le répéter : « Au niveau du primaire, je souhaite que les directeurs d'école se voient accorder les moyens de réellement piloter leur établissement ».

PS: et Alain Juppé? « Schématiquement, chaque établissement reçoit un nombre d'heures calculé de la façon suivante : si le programme prévoit 5 heures de français par semaine en sixième, on dote l'établissement de 5 heures de français multipliées par les X semaines de l'année multipliées par le nombre de classes de sixième. Ce calcul est répété pour chaque niveau et chaque matière. L'établissement n'a presque pas de marge de manœuvre dans l'utilisation de cette dotation horaire globale. Je crois souhaitable d'annualiser cette dotation, c'est à dire de donner la possibilité aux équipes pédagogiques de décider si telle semaine, il faut 6 heures de français et telle autre 4 heures. Je crois souhaitable également de globaliser cette dotation, c'est à dire de la mutualiser entre les matières pour que l'on puisse décider de renforcer l'histoire ou les maths. Enfin, je préconise que l'utilisation de cette nouvelle dotation annualisée et globalisée soit laissée à l'appréciation des conseils éducatifs d'établissement – sachant que les établissements dits difficiles pourraient recevoir une sur-dotation de 10% […] Je ne souhaite pas imposer de haut ce projet, mais laisser au Conseil d'administration et au Conseil éducatif d'établissement le choix entre une gestion classique et cette gestion libre et responsable » ( "Mes chemins de l'école », Lattès, août 2015, page 218)

 

 

 

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