Le "certif" du Figaro: une manipulation?

Le Figaro Magazine du 6 novembre nous donne à voir une comparaison entre des sujets d’examen du certificat d’étude de 1959 d’une part et ce que pourraient être des sujets d’examen d’entrée en sixième fondés sur les programmes actuels de CM2 d’autre part . Mais il ne nous est pas dit que le "certif" de 1959 était passé par les élèves dans leur quatorzième année (alors que ceux du CM2 sont dans leur onzième année)…

Le Figaro Magazine du 6 novembre nous donne à voir une comparaison entre des sujets d’examen du certificat d’étude de 1959 d’une part et ce que pourraient être des sujets d’examen d’entrée en sixième fondés sur les programmes actuels de CM2 d’autre part . Mais il ne nous est pas dit que le "certif" de 1959 était passé par les élèves dans leur quatorzième année (alors que ceux du CM2 sont dans leur onzième année)…

 

Les sujets s’étalent sur trois pages , bien concrets et ‘’irréfutables’’. Et la comparaison ( ‘’montrée’’, mais non ‘’démontrée’’ ) aboutit au constat ‘’sensible’’ (‘’irréfutable’’ ) que nous sommes actuellement en dessous de tout, et qu’il faut en revenir aux dispositifs anciens ( les sujets du certificat d’études se révélant à l’évidence moins aisés à traiter que les sujets de l’examen d’entrée en sixième ). Mais on ne nous a pas dit qu’ils sont séparés par trois années d’étude…

On pourrait se dire qu’il s’agit là d’une simple ignorance de la part de la journaliste Véronique Grousset et de Marc Le Bris ( à qui elle a commandité d’inventer des sujets d’examen d’entrée en sixième fondés sur les programmes actuels de CM2 ). Même si, en l’occurrence, une telle ignorance laisserait peu de crédit à Véronique Grousset et à Marc Le Bris ( d’autant qu’ils prennent volontiers la posture de pourfendeurs de l’ignorance…).

 

Mais c’est difficile à croire pour Marc Le Bris dont on nous dit dans l’article qu’il est " instituteur depuis trente-huit ans et auteur de deux livres à succès sur l’école primaire ". Un tel ‘’spécialiste’’ ( et praticien de longue date ) de l’école primaire peut-il être ignorant au point de confondre l’âge de passation du certificat d’études en 1959 ( quatorzième année ) avec celui de l’examen d’entrée en sixième, en fin de CM2 (onzième année ) ? Trois ans d’écart, ça compte dans une comparaison…

Quant à Véronique Grousset, comment comprendre qu’elle puisse donner la date exacte de la première ébauche du ‘’certificat d’études’’ ( 1834, écrit-elle, ce que beaucoup ignorent ) et qu’elle ne sache pas l’âge de passation du certificat d’études en 1959 ( quatorzième année ) ?

Et puis , s’il s’agissait vraiment d’une comparaison s’efforçant d’avoir quelque rigueur, pourquoi n’avoir pas comparé avec des sujets effectifs donnés à l’examen d’

entrée en sixième en 1959 ( puisqu’ils existent bel et bien, et à cette date là de 1959 ) ?

 

Il apparaît qu’il ne peut y avoir in fine qu’une seule réponse crédible : une manipulation délibérée fondée sur le crédit ( plus ou moins mythique ) mais bien réel du certificat d’études dans la ‘’mémoire ‘’ des Français.

Car, comme le dit très bien l’historien Patrick Cabanel, " certif, certoch : il y a une mémoire, une nostalgie, voire une légende de cet examen à la fois si proche et si lointain […]. Il habite les mémoires et les discours " (" La République du certificat d’études ", Belin, 2002 ). Certains ont même pu dire qu’il y avait là du religieux, à l’instar de l’historien Jean-Pierre Rioux : " il y avait du religieux dans cet humble parchemin : les paysans de mon Limousin ne s’y étaient pas trompés, qui parlaient avec révérence du ‘’sanctificat’’, dans un fier néologisme mâtiné de patois ". ( " Le Monde " du 15 août 1987 ).

 

Alors, dans ce cadre, la manipulation peut se déployer dans la sidération. Véronique Grousset et Marc Le Bris connaissent sans aucun doute mieux l’histoire de l’Ecole qu’il n’y paraît dans leur comparaison infondée ; mais ils connaissent surtout la force mythique voire sanctifiée de la mémoire du ‘’certif’’ , dont on peut s’emparer sans vergogne. Et ils ne s’en sont pas privé, au mépris de la vérité (et finalement de leurs lecteurs ). Tout cela pour conforter Jean-François Copé et sa récente proposition impromptue de rétablir un examen d’entrée en sixième, une proposition finalement repoussée ( qui plus est ) par Nicolas Sarkozy...La honte.

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