«Le fiasco Blanquer»: le commencement de la fin?

C'est le titre d'un court ouvrage qui vient après celui de Pascal Bouchard intitulé « JM Blanquer : l'Attila des écoles ». Comme lui, ce n'est pas un pamphlet, dans la mesure où il est fondé sur des données clairement référencées, même s'il est très incisif.

Serait-on proche de la fin, en tout cas du bilan, pour que le moment soit venu de tels livres écrits par de bons connaisseurs de l'Ecole, du ministère de l'Education nationale et du ministre actuel ?

L'auteur de l'ouvrage de 94 pages qui vient de paraître aux éditions « Les petits matins » considère en tout cas qu'après quelque quatre années passées à la tête du ministère (presque un record de durée), Jean-Michel Blanquer peut et doit être confronté à son bilan : un ''fiasco''.

Saïd Benmouffok, agrégé de philosophie, a enseigné une dizaine d'années en banlieue parisienne, à Mantes-la-Jolie et à Aulnay-sous-Bois. Il a été auparavant délégué national à la vie lycéenne au ministère de l'Education nationale. Il ne s'agit nullement pour lui de tenter un bilan exhaustif de l'activité du ministre, mais d '« offrir une grille de lecture politique permettant de déchiffrer les ambitions réelles » de Jean-Michel Blanquer pour qui « l'école doit se conformer au nouveau monde hypercompétitif dans lequel nous sommes entrés » : « De quoi profondément dégrader l'école de la République », ajoute-t-il.

L'agrégé de philosophie Saïd Benmouffock n'hésite pas à citer des philosophes dans ce court ouvrage (Kant et Bergson, en opposition au « scientisme neurobéat ») et multiplie les références de bas de pages à l'appui de ses analyses.

Selon Saïd Benmouffock, deux causes majeures doivent être examinées pour expliquer le ''fiasco''.

« D'abord, la méthode Blanquer, c'est à dire sa façon de gouverner […]. Avant toute chose, le blanquérisme est un autoritarisme. Il se caractérise par une prise de décision ultracentralisée, l'effacement de la délibération collective, l'affaiblissement des contre-pouvoirs institutionnels et l'élimination des opposants en interne ».

« Le logiciel idéologique du ministre est le deuxième facteur […].En stratège, le ministre préfère ''la politique du puzzle'', ouvrant sur tous les fronts des chantiers sans lien apparent dont la cohérence n'est perceptible qu'au moment d'ajouter la dernière pièce au tableau […] Mais l'illusion ne saurait durer, tant la démarche signe le retour du sarkozisme à l'éducation. La même veine idéologique, les mêmes acteurs sont à la manœuvre. Derrière les discours lénifiants, il s'agit toujours de faire gagner la logique du marché sur celle du service public. Et , les mêmes causes produisant les mêmes effets, ce qui a abîmé l'école de la République il y a dix ans l'abîme de nouveau aujourd'hui »

En conclusion, Saïd Benmouffock propose « l'esquisse d'une action possible pour un futur gouvernement de gauche »
On ne sera pas autrement surpris que ''démocratisation'' et surtout ''démocratie'' devraient être alors les maîtres mots : « Après l'hiver du mépris blanquérien, un vent de démocratie devra souffler sur l'école. Il faudra construire un cadre délibératif pour corriger les effets délétères des réformes engagées depuis 2017 ».

Mais le dire est une chose. Et le faire une autre...

Chapitre 1 : Un techno de droite
Chapitre2 : Ministre de la défiance
Chapitre 3 : Les inégalités en marche
Chapitre 4 : La mise au pas de l'institution
Chapitre 5 : Un ministre neurobéat
Chapitre 6 Une laïcité autoritaire

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