On peut s'étonner de ''l'étonnement'' entourant la position actuelle de la ministre de l'Education nationale Najat Vallaud-Belkacem quant aux propositions du ''jury'' sur l'évaluation si l'on a en tête quelques éléments historiques récents.

D'abord le précédent lors du débat parlementaire sur la loi de refondation elle-même. A la mi-mars 2013, la coprésidente du groupe ''écologiste'' Barbara Pompili a déposé un amendement sur le rapport annexé au projet de loi sur la refondation de l’Ecole qui proposait notamment de «sortir complètement du système de notation dans l’enseignement primaire en accompagnant les équipes pédagogiques pour les former à d’autres systèmes d’évaluation positive de la progressivité des élèves».

Mais le rapporteur du projet de loi, Yves Durand (PS), et le ministre de l’Education nationale Vincent Peillon se sont déclarés défavorables à cet amendement, qui n'a finalement pas été voté. Yves Durand a indiqué qu’un «tel bouleversement» en si peu de temps alors que la Finlande par exemple a mis dix ans à le réaliser pourrait «provoquer des blocages qui rendraient cette évolution intéressante impossible», une interdiction systématique des notes allant par ailleurs aussi «à l’encontre de la liberté pédagogique des enseignants». Et Vincent Peillon a fait valoir qu’une partie du texte en débat à l’Assemblée disait déjà des «choses importantes» sur le fait notamment que «les modalités de la notation doivent évoluer pour éviter une notation sanction», pour «privilégier une évaluation qui valorise les progrès des élèves» et qui soit «compréhensible pour les familles».

Ensuite la ministre de l'Education nationale Najat Vallaud-Belkacem s'était déjà exprimée publiquement dans le quotidien « La Dépêche » du 15 novembre 2014 lors de sa visite au collège de Vic-Fezensac : « je soutiens avec force les innovations pédagogiques qui viennent du terrain . Et je suis convaincue qu'il faut faire évoluer les modalités d'évaluation des élèves. Mais il ne s'agit pas pour moi d'imposer la suppression des notes dans tous les collèges de France ; ce qui marche à Vic-Fezensac peut ne pas être aussi efficace dans d'autres établissements ».

En réponse à un article de Maryline Baumard qui dans « Le Monde » du 12 novembre 2014 soulignait « le risque que prend la gauche en se saisissant d'une manière ostensiblement politique du dossier de l'évaluation des élèves », j'avais fait valoir dans un billet paru dans « Educpros » le 14 novembre que la « loi d'orientation et de programmation pour la refondation de l'Ecole » de juillet 2013 qui adécidé de l'installation d'un Conseil supérieur des programmes l'a chargé de faire des propositions coordonnées pour : « Repenser le socle commun de connaissances, de compétences et de culture et mieux l'articuler avec les programmes d'enseignement » et «  Faire évoluer les modalités d'évaluation et de notation des élèves».

Et j'en concluais que « Dans ces conditions, on peut penser que la « Conférence nationale sur l'évaluation des élèves » de décembre 2014 devrait être l'occasion de faire ''bouger les lignes'' sur la façon d'envisager la problématique de l'évaluation en s'emparant de ce qui se fait dans d'autres pays et des expériences faites en France même, pour aboutir finalement à quelques recommandations d'ordre général. Mais les propositions de ''préconisations'' (précises et opératoires) dans le domaine de l'évaluation (conformément à la « Loi sur la refondation de l'Ecole ») devraient être du ressort du Conseil supérieur des programmes, en articulation étroite avec ses préconisations en matière de programmes et de maîtrises de tel(s) ou tel(s) type(s) de connaissances et/ou compétences »

Je n'ai pas changé d'avis. Et c'est ce qui est prévu, si j'ai bien compris.

 

 

 

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Tous les commentaires

Lorsque l'on parle de supprimer les notes il me semble qu'on laisse en suspens la suite qui peut être très fertile:

Dans les années 70, l'un de mes enfants était en 6ème dans un établissement où il n'y avait pas de notes et où il devait régulièrement noter et expliquer sur un cahier son appréciation perso sur son travail, nous devions nous ses parents faire de même à la suite et en final les professeurs (ou le professeur de classe) s'exprimaient aussi.

Les professeurs avaient remarqué que lorsque les interros étaient notées, la plupart du temps les élèves regardaient leur note et rangeaient leur interro alors que s'il n'y avait plus de note, les élèves se penchaient un peu plus sur le devoir rendu pour constater s'ils l'avait réussi ou loupé et s'intéressaient davantage aux remarques inscrites sur le devoir. La notation reprenait en 3ème pour préparer à celle du brevet.

Nous avions trouvé très positive et éducative cette manière de faire réfléchir élèves et parents incités à prendre conscience du travail ou non travail, effort ou non, résultat ou non, etc et à en discuter ensemble s'il y avait divergence au moment de remplir le cahier.

L'imagination n'est pas une tare même en milieu scolaire. J'ai connu également en primaire une école où l'élève s'asseyant à sa table le matin trouvait un feu rouge ou un feu vert suivant qu'il avait compris ou non ce qui avait été fait la veille afin qu'il puisse le revoir autrement s'il ne l'avait pas compris et ne continue pas sans l'avoir intégré. Tout ceci n'étant vécu que comme un accompagnement, utile à l'un ou l'autre tour à tour, et non comme un pensum.

Que la ministre souhaite favoriser l'incitation, l'aide et le soutien plus que le jugement automatique d'une note, pourqoi cette levée de boucliers sans réflexion vraie et sans imagination?