Pour des Etats généraux de l'enseignement supérieur et de la recherche?

Il y a tout juste cinq ans, 2200 directeurs de laboratoire et chefs d’équipe démissionnaient à l’appel du collectif " Sauvons la recherche ". Cela permit la tenue d’ " Etats généraux de la recherche " en octobre 2004. Avec quels résultats ?

 

 

La proposition de motion n°1 pour la Coordination nationale des universités prévue ce lundi 16 mars à Dijon fait valoir que " la notion d’Etats généraux est aujourd’hui connotée négativement depuis l’expérience des ‘’Etats généraux de la recherche’’ dont l’énorme travail et les conclusions ont été bafoués. La terminologie de ‘’ Rencontre nationale’’ pourrait être adoptée " ( cf le texte entier de cette motion n°1 qui nous a été opportunément donné sur Mediapart par Art Monika dans " l’Observatoire des réformes des systèmes de formation, enseignement et recherche " ).

A la suite de cet ample mouvement de démission administrative de la mi-mars 2004, du recueil de plus de 70000 signatures et d’une manifestation à Paris le 19 mars 2004 de près de 20000 chercheurs, le collectif " Sauvons la recherche " obtient que le nouveau ministre de l’Education nationale – François Fillon - annonce la restitution de 550 emplois statutaires ( un litige à l’origine du mouvement ) et la création d’un millier d’emplois à l’Université. La proposition faite par " Sauvons la recherche " d’organiser des " Etats généraux de la recherche " est acceptée ( dans le cadre de la préparation d’une " loi d’orientation et de programmation sur la recherche " qui doit être votée avant la fin de l’année 2004. Et le 1° avril ( sic ), le président de la République Jacques Chirac confirme publiquement son engagement de la campagne présidentielle du printemps 2002 : porter progressivement mais effectivement le financement de la recherche et du développement à 3% du PIB en 2010 ( conformément d’ailleurs à l’objectif qui avait été décidé en mars 2002 au Conseil européen de Barcelone ). On en était alors, pour la France et en 2002, à 2,2% du PIB ( financements publics et privés confondus ).

Les " Etats généraux de la recherche " se tiennent les 28 et 29 octobre 2004 en présence de 850 délégués représentant 30 comités locaux qui discutent un document de 70 pages rédigé après huit mois de débat. Ils s’achèvent dans un quasi consensus, par une standing ovation pour Edouard Brézin ( rapporteur du texte de synthèse ) et par un plébiscite à main levée pour la plate-forme de propositions. Le journal " Le Monde " titre en son édition du 31 octobre : " Recherche : l’état de grâce des Etats généraux ".

 

Las, le désenchantement vient vite. Le projet de loi d’orientation et de programmation de la recherche concocté début janvier 2005 par le ministre délégué à la recherche, François d’Aubert, suscite les vives protestations du collectif " Sauver la recherche " : " Ce document ne reprend ni l’esprit ni les propositions concrètes des Etats généraux de la recherche. Dans son état actuel, le projet ajoute plusieurs éléments de complexification du système, là où nous demandions des simplifications. La répartition des moyens budgétaires et des emplois démontre une intention de mobiliser la plus grande partie de l’effort vers une recherche publique directement liée au développement de l’innovation privée. Ce pilotage accru de la recherche va totalement à l’encontre de nos demandes. L’ignorance des mécanismes réels de la recherche déterminait déjà les choix politiques qui ont déclenché le soulèvement des chercheurs. Une loi basée sur les mêmes erreurs serait rejetée par la communauté scientifique ". Par ailleurs et dans le même sens, le Syndicat national des chercheurs scientifiques ( FSU) , juge que " les propositions de financement et d’emplois scientifiques sont largement insuffisantes ". Pour atteindre l’objectif des 3% du PIB affectés à la recherche et au développement en 2010, " il faudrait injecter 3,5 milliards d’euros supplémentaires chaque année ", calcule-t-il ( et non pas seulement 1 milliard, comme il est prévu par le projet de loi ). " Le gouvernement a roulé dans la farine l’ensemble de la communauté scientifique ".

 

 

Epilogue : en 2006 ( dernière statistique sur ce point à disposition ) on en est à 2,12% du PIB consacré à la recherche et au développement contre 2,2% en 2002 : on n’arrête pas le progrès ! ( 2,5% en Allemagne ;2,7% aux USA ; 3,3% au Japon ). Mais on dispose – heureusement ? – à nouveau d’une promesse présidentielle ( renouvelée et décalée, puisque reportée à deux ans plus tard…), qui figure en première place du programme de l’UMP pour les législatives de 2007 au chapitre : " Gagner la bataille de l’intelligence " : " Augmenter le budget de l’enseignement supérieur de 50% en cinq ans ( soit + 5 milliards d’euros ) et l’effort de recherche de 40% ( soit + 15 milliards d’euros, dont 4 à la charge de la puissance publique). Porter les dépenses de Recherche et développement à 3% du PIB d’ici 2012 " .

Si cette promesse ( qui n’est pas encore tenue, loin s’en faut) figure dans les 30 points de ce chapitre programmatique, il n’en va pas de même de la réforme du statut des enseignants-chercheurs ( complètement absente et qui n’était nullement annoncée, alors que figurent des points aussi décisifs et précis que ‘’ratifier le protocole de Londres sur le brevet européen’’ ). Chercher l’erreur.

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