Des mobilisations paradoxales

Les luttes engagées contre la décision de supprimer 11200 postes d’enseignants sont particulièrement intenses dans l’ordre d’enseignement qui coûte le plus cher et qui est le mieux doté, à savoir le deuxième cycle de l’enseignement secondaire, les lycées.

Les luttes engagées contre la décision de supprimer 11200 postes d’enseignants sont particulièrement intenses dans l’ordre d’enseignement qui coûte le plus cher et qui est le mieux doté, à savoir le deuxième cycle de l’enseignement secondaire, les lycées.

La plupart des syndicats d’enseignants ( l’Unsa-Education, la FSU , le SGEN , la CGT, FO, SUD ) réunis le 9 avril avec les deux organisations lycéennes actuellement mobilisées ( l’UNL et la FIDL ) ont décidé dans un communiqué commun de presse de soutenir les mobilisations lycéennes en cours ( 15 mai : journée nationale d’action prenant des formes diversifiées localement ; 24 mai : grandes manifestations dans tous les départements avec l’ensemble des organisations signataires ).

L’union fait sans doute la force ; et il est vraisemblablement supputé que la priorité qui doit être accordée à l’éducation en sera d’autant mieux défendue.

 

Mais, dans les faits, cela risque aussi de renforcer une autre priorité accordée depuis pas mal de temps ( et de façon réitérée ) à un certain ordre d’enseignement, à savoir les lycées. Or les manifestations récurrentes de lycéens, ces vingt dernières année, n’y ont pas été pour rien ( cf en particulier celles de l’automne 1990 qui ont amené Lionel Jospin à décider d’ " un plan d’urgence " d’ampleur dans les lycées ; celles d’octobre 1998 qui ont conduit Claude Allègre à débloquer soudainement 4,7 milliards pour les lycées ; sans compter, par exemple, celles d’octobre 1999, ou de février- mars 2005 sous le ministère Fillon ).

 

En 2006 ( dernières statistiques connues), le coût moyen annuel d’un élève de lycée d’enseignement général ou technologique s’élève à 10320 euros, et il est à la hauteur de celui d’un élève de lycée professionnel, à savoir 10 380 euros ( sans qu’il y ait pourtant les mêmes forts coûts de matériel ) ; alors que celui d’un élève de collège est de 7960 euros et celui d’une école primaire de 5060 euros.

Il faut savoir par ailleurs que, si l’on compare aux autres pays de l’OCDE ( à leur moyenne en l’occurrence, selon les dernières évaluations à notre disposition, celles de 2004 ), il apparaît que la dépense pour un élève du primaire est un peu moins élevée en France ( 5080 équivalents dollars ) contre 5830 ( pour la moyenne des pays de l’OCDE ), alors que la dépense pour un élève de l’enseignement secondaire est au contraire nettement plus élevée en France ( 8740 équivalents dollars ) contre 7280 ( pour la moyenne des pays de l’OCDE ).

On notera que le coût annuel d’un élève du secondaire est plus élevé en France que dans la moyenne des pays de l’OCDE en raison surtout des élèves de lycée et notamment de lycées d’enseignement général ou technologique dont le coût qui était de 8790 euros en 2001 n’avait pas encore rejoint celui des élèves de lycées professionnels ( 9530 euros ), alors qu’il est désormais quasiment le même en 2006 : 10320 euros contre 10380 euros. Il faut dire que l’offre d’options dans les lycées d’enseignement généraux ou technologiques a été jusqu’ici fort généreuse ( et coûteuse ), sans équivalent dans toute l’Europe.

Un effet ‘’paradoxal’’ des luttes ( lycéennes ) et des ‘’avantages acquis’’ ? Comment faire pour que le primaire et le collège qui souffrent le plus en cette affaire de postes ( et dont l'encadrement est bien sûr non seulement à maintenir mais à améliorer en priorité, car ce sont les lieux les plus décisifs dans le combat contre les échecs scolaires ), ne souffrent pas, de fait, encore davantage?

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.