Selon François Bayrou, ''le latin et le grec" seraient " abandonnés'', et ce serait un « déni de l'égalité des chances ». Retour sur un passé qui ne passe pas. Et qui n'a pas été dépassé.

En 1993, Jacqueline de Romilly fait paraître aux Editions Fallois un plaidoyer passionné dans une «  Lettre aux parents sur les choix scolaires » : « Depuis quelques années, les lettres, en France, vont à leur perte à vive allure […]. La chute des lettres a correspondu à l’instauration de l’école unique et à l’unification du personnel enseignant […]. La France prépare obstinément, en plus de ses analphabètes, des êtres à la parole gauche et passe-partout dressés à mépriser la culture littéraire ». Le salut réside dans la réaffirmation des humanités, de « la formation littéraire, avec ces appuis naturels que sont le latin et le grec »

Cet appel est entendu par François Bayrou, un agrégé de lettres classiques, qui devient ministre de l’Éducation nationale en avril 1993. Il décide qu’à partir de la rentrée 1996, les élèves pourront choisir une option latin dès leur entrée en cinquième.

Les Instructions officielles qui définissent les programmes de la réforme Bayrou indiquent que « notre civilisation et notre langue héritent des cultures et des langues de l’Antiquité ; l’apprentissage des langues anciennes a donc pour but de retrouver, d’interroger et d’interpréter dans les textes les langues et les civilisations antiques pour mieux comprendre et mieux maîtriser les nôtres dans leurs différences et leurs continuités ».

André Legrand, un ancien directeur du ministère de l’Éducation nationale (sous Lionel Jospin puis François Bayrou), voit cette question selon un tout autre angle : « Depuis trente ans, lesystème éducatif multiplie les efforts pour retarder les échéances de l’orientation. Trois mois auront suffi à François Bayrou pour effacer ces trente ans. La création des options de latin (en cinquième) et de grec (en troisième) a suscité les interrogations ouvertes d’organisations de parents d’élèves les moins suspectes d’être de gauche. La sixième devient le cycle d’observation, et c’est donc la fin de la sixième et non plus de la cinquième ou de la troisième qui constitue désormais le palier d’orientation essentiel : c’est une régression en deçà de la réforme Fouchet de 1963, et un retour à la case du début des années soixante » ( « Le système E », Denoël, page 209).

À la rentrée 1996, plus du quart des élèves de cinquième choisissent l’option (supplémentaire) de deux heures de latin qui leur est offerte. Et l’on assiste à un léger redressement du taux de latinistes en quatrième et même en seconde. Mais cela ne dure pas. Et la tendance à la baisse reprend. En cinquième, la proportion d’élèves qui choisissent l’option latin n’est plus que de 22 % à la rentrée 2000. En seconde, on passe de 10 % en 1995 à 6 % en 2000...

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