Le bilan scolaire faramineux d'Emmanuel Macron

«On change tout, et cela n'était pas arrivé depuis Jules Ferry !» a soutenu le président de la République lors de son interview par Jean-Pierre Pernaut faite dans une école (afin de rendre sans doute plus crédible son ambition déclarée). Mais il faut se pincer pour vérifier que l'on ne rêve pas !

Il est vrai qu'il y a une réelle nouveauté : les cours préparatoires dédoublés en zone prioritaire (même si nombre de CP à deux maîtres avaient déjà été mis en place durant le quinquennat précédent).

La décision de « l'obligation d'instruction » à partir de l'âge de trois ans a bien été décidée. Mais il ne s'agit nullement d'une obligation de fréquentation des écoles (qui n'existe d'ailleurs pas pour les écoles élémentaires et les collèges). Contrairement à ce qu'a laissé entendre le président de la République qui a prétendu qu' « il y a 26000 enfants qui n'allaient pas à l'école et qui vont y aller à partir de la rentrée prochaine ».

Il y a bien eu la décision de la possibilité de retourner à une semaine de quatre jours dans le primaire (massivement choisie), mais c'est un retour à une nouveauté (bien singulière en Europe...) qui avait été mise en place juste avant le dernier quinquennat.

Il y a bien eu aussi la décision de la possibilité de revenir sur certains aspects de la '' réforme du collège'' (retours de classes bilingues ou européennes, etc..) ; mais ce sont aussi de simples retours éventuels à une situation antérieure.

Il y a bien eu l'encouragement ministériel pour des opérations ''devoirs faits''. Mais c'était déjà là auparavant et, faute de bilan, on ne sait pas ce qui s'est passé (en mieux ou pas).

Il avait été promis aussi une simplification du baccalauréat, avec « quatre matières obligatoires à l'examen final et le reste en contrôle continu ». Mais comme les trois quarts des évaluations du soi-disant ''contrôle continu'' qui va se mettre en place se feront sous forme d'examens spéciaux, on se demande en quoi il y aura ''simplification''...

Il y a eu aussi un certain nombre d'engagements précis du candidat Emmanuel Macron au cours des présidentielles ; mais on ne sait guère (c'est le moins que l'on puisse dire) à quoi ils ont engagé effectivement (et ce qu'ils sont devenus ou vont devenir).

On peut en citer quelques uns parmi les plus significatifs. « Plus aucun enseignant (hors choix motivé) ne pourra être affecté en éducation prioritaire s'il n'a pas au moins trois années d'expérience. Les enseignants, du premier et du second degrés, qui exercent en REP+ seront mieux accompagnés et recevront une prime annuelle de 3000 euros nets, qui s'ajoutera aux primes déjà existantes ». « Le lycée professionnel est trop souvent oublié dans le débat public, bien qu'il concentre pourtant un tiers des bacheliers » (Quid de sa mise à part actuellement dans la réforme ''du'' baccalauréat et ''du'' lycée?). «Pour plus de transparence et d'équité, affichage au moment de l'inscription dans le supérieur, par formation, des résultats obtenus par les étudiants des trois années précédentes (taux d'emplois, taux de décrochage, niveau de rémunération) ; et affichage des prérequis ». « Création de 80000 places supplémentaires dans de nouvelles filières courtes professionnalisantes » (notamment en IUT, STS et licences professionnels) ».

Bon, il faut sans doute attendre... Mais quoi ?

Quant à la référence à l'Ecole de Jules Ferry ? On a déjà dit ici, sur Médiapart, que certaines des interventions du ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer ne se situent pas du tout dans la ''modernité'' mais en réalité dans le temps d'avant les ambitions républicaines et laïques de Jules Ferry et des siens. Un comble !

Qui a dit : « Pourquoi tous ces ''accessoires'' auxquels nous attachons tant de prix, que nous groupons autour de l’enseignement fondamental et traditionnel du « lire, écrire et compter » : les leçons de choses, l’enseignement du dessin, les notions d’histoire naturelle, les musées scolaires, la gymnastique, les promenades scolaires, le travail manuel, le chant, la musique chorale […] ? Parce qu’ils sont à nos yeux la chose principale, parce qu’en eux réside la vertu éducative […]. Telle est la grande distinction, la grande ligne de séparation entre l’ancien régime, le régime traditionnel, et le nouveau »

Qui a dit :« Les hommes d’ancien régime dans l’enseignement primaire sont un peu surpris de ce que nous entreprenons ; ils sont même un peu choqués […]. Mais, disent-ils, est-ce que, autrefois, avec les anciennes méthodes, avec le programme restreint à lire, à écrire et à compter, on ne faisait pas des élèves sachant bien lire, écrivant correctement, comptant à merveille, comptant et écrivant peut-être mieux que ceux d’aujourd’hui, au bout d’un an ou deux d’école ? Cela est possible ; il se peut que l’éducation que nous voulons donner dès la petite classe nuise un peu à ce que j’appelais tout à l’heure la discipline mécanique de l’esprit. Oui, il est possible qu’au bout d’un an ou deux, nos petits enfants soient un peu moins familiers avec certaines difficultés de lecture ; seulement, entre eux et les autres, il y a cette différence : c’est que ceux qui sont plus forts sur le mécanisme ne comprennent rien à ce qu’ils lisent, tandis que les nôtres comprennent. Voilà l’esprit de nos réformes ».

Qui a dit : « Nous voulons des éducateurs ! Est-ce là être trop ambitieux ? Non. Et je n’en veux pour preuve que la direction actuelle de la pédagogie, que les méthodes nouvelles qui ont pris tant de développement, ces méthodes qui consistent, non plus à dicter comme un arrêt la règle à l’enfant, mais à la lui faire trouver ; qui se proposent avant tout d’exciter la spontanéité de l’enfant, pour en diriger le développement normal au lieu de l’emprisonner dans des règles toutes faites auxquelles il n’entend rien».

Ces citations sont de Jules Ferry lui-même bien sûr ! Et il arrive que le ministre de l'Education nationale distingué par Emmanuel Macron – Jean-Michel Blanquer – loin de contribuer à faire advenir une nouvelle Ecole « comme cela n'était pas arrivé depuis Jules Ferry », va au contraire en sens inverse, vers ''l'Ancien Régime''. On croit ''rêver''.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.