Pourquoi Ferry et Curie?

Le nouveau chef de l’Etat va entamer son quinquennat mardi prochain après-midi par deux gestes symboliques : dépôt d’une gerbe au pied de la statue de Jules Ferry au jardin des Tuileries, et hommage à Marie Curie à l’Institut Marie Curie.

Le nouveau chef de l’Etat va entamer son quinquennat mardi prochain après-midi par deux gestes symboliques : dépôt d’une gerbe au pied de la statue de Jules Ferry au jardin des Tuileries, et hommage à Marie Curie à l’Institut Marie Curie.
Ce choix s’explique d’abord par la notoriété de ces figures symboliques : il faut qu’elles disent “quelque chose’’ au plus grand nombre. On peut remarquer (et ce n’est bien sûr pas un hasard) que ces deux figures ont pu déjà être choisies pour faire partie de la geste historique destinée aux enfants de France puisqu’elles se trouvent toutes deux parmi la liste des 22 personnages  considérés comme « constitutifs d’une culture et d’une conscience nationale » dans les programmes de 1995 pour l’école élémentaire signés du ministre de l’Education nationale de l’époque François Bayrou.

Et ce choix a été en quelque sorte entériné  par le ministre de l’Education nationale de l’alternance socialiste (après les élections législatives gagnées par le PS en 1997), à savoir Claude Allègre, dans la liste de 22 personnages historiques  (à peu près les mêmes) proposés  à la consultation de 1999.

Dans ce quasi consensus sur les 22 personnages de la liste (choisie) de notre “roman’’ national, les chefs d’Etat se taillent la part du lion (pas moins de la moitié). Mais ce qui a retenu l’attention de François Hollande, c’est l’un des deux ministres (Colbert et Ferry) de la liste, et l’une des deux femmes (Jeanne d’Arc et Marie Curie).

Le ministre de la loi de 1882 relative à l’obligation scolaire et au caractère laïque de l’Ecole publique (attaqué aussi par la droite cléricale de son temps pour l’érection de ses prétendus “palais scolaire’’) – Jules Ferry – l’a emporté sur Colbert, la figure même de l’austérité financière (le successeur et le tombeur du dispendieux surintendant Fouquet, le Fouquet’s). Tout un symbole.

Parmi les deux seules femmes de la liste (choisie) des 22 personnages de notre histoire nationale, Jeanne d’Arc a beaucoup servi récemment. Et elle a déjà été mise à l’honneur (tôt ou tard, à l’instar de Nicolas Sarkozy) par tous les présidents de la cinquième République, à l’exception notoire de Georges Pompidou (un « président normal », dixit François Hollande). Le nouveau Président de la République a choisi l’autre femme emblématique, Marie Curie, une femme immigrée d’origine polonaise prix Nobel de physique en 1903 (avec son mari Pierre) puis prix Nobel de chimie en 1911, la première femme à être entrée au Panthéon en 1995.

On aura aussi remarqué, autre symbole fort, que le choix de François Hollande a été résolument « paritaire », alors même que dans la liste (choisi ) des 22 personnages de notre “roman’’’ national pour l’école élémentaire le pourcentage de femmes est inférieur à 10%, conformément au fameux “plafond de verre’’.

A ce sujet, on peut constater qu’il n’y avait eu aucun progrès du ministère “Bayrou’’ au ministère “Allègre’’ : toujours deux femmes sur 22 personnages. On peut même dire que les changements proposés de l’un à l’autre ont été – pour le moins – des plus bizarres. Les trois artistes qui figuraient dans la liste “Bayrou’’ (Léonard de Vinci, Molière, Hugo) ont été remplacés dans la liste “Allègre’’ par deux militaires (Vauban et le chef croisé Godefroy de Bouillon, qui renforce ainsi le caractère implicite positif déjà donné aux croisades par la présence sur la liste de Saint-Louis…), et Napoléon III.

Victor Hugo remplacé par Napoléon III, cela méritait les « Châtiments », un châtiment ! Eh bien, c’est fait.

PS: Si l'on fait le décompte du nombre d'établissements scolaires qui ont pour nom  l'un des  hommes politiques qui sont restés dans l'histoire pour leur intervention dans le domaine scolaire ( cf mon billet du 27 décembre 2010 ), on trouve Jules Ferry nettement en tête ( 604 mentions ) suivi de Paul Bert ( 185 ), Condorcet et Jean Zay ( 110), Ferdinand Buisson ( 98 ) et Emile combes ( 14 mentions ). Aucun établissment privé n'a pris le nom de l'un d'entre eux qui, il est vrai, appartiennent tous à la geste de l'Ecole publique.

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