Le «surmenage scolaire»: une question dépassée?

Cette expression est apparue dès le milieu du XIXe siècle ; et elle a concerné dès le début bien davantage l'enseignement secondaire que le primaire, alors même que les collèges et les lycées n'accueillaient à cette époque que moins de 5% de chaque classe d'âge, et donc des élèves appartenant à une élite scolaire et sociale très sélectionnée.

Cette expression est apparue dès le milieu du XIXe siècle ; et elle a concerné dès le début bien davantage l'enseignement secondaire que le primaire, alors même que les collèges et les lycées n'accueillaient à cette époque que moins de 5% de chaque classe d'âge, et donc des élèves appartenant à une élite scolaire et sociale très sélectionnée.

 

Et cela a duré jusqu'au milieu du XX° siècle. C'étaient eux les ‘'surmenés''. Pourtant, l'horaire hebdomadaire des cours obligatoires dépassait alors rarement 25 heures au lycée. Mais on n'en mettait pas moins alors en cause les programmes et les horaires, considérés comme surchargés. Pour comparaison, et alors que la ‘'massification'' du secondaire a eu lieu, nous en sommes actuellement au moins à une trentaine d'heures de cours obligatoires - soit cinq heures de plus par semaine - dans la plupart des différentes sections du lycée d'enseignement général, l'horaire hebdomadaire moyen étant en France d'environ 15% au-dessus de la moyenne des pays de l'OCDE. La lutte contre le ‘'surmenage scolaire'' aurait-elle échoué ? Serait-elle devenue obsolète ?

 

On peut prendre pour emblématique le moment de l'entre-deux-guerres où se joue la question d'une place accrue des mathématiques et des sciences dans les cursus de l'enseignement secondaire. Les disciplines des ''humanités classiques'', qui étaient jusque-là celles qui avaient été privilégiées, tentent de conserver leurs ‘'acquis''. L'inflation des horaires ( avec pour corollaire un ensemble de programmes très difficile à maîtriser ) est en route, d'autant plus que les disciplines scientifiques désormais davantage reconnues, ne sont pas décidées à perdre leurs avantages récents, bien au contraire. C'est dans ces conditions que le ministère nomme en juillet 1929 une commission " chargée de procéder à une enquête sur la question des horaires et sur le surmenage scolaire ". Le débat est ainsi lancé dans l'opinion publique, et se prolonge dans les années 1930. Les allègement des programmes et des horaires se heurtent à une résistance acharnée des différentes associations de spécialistes qui se font les porte-paroles véhéments des différentes disciplines qui s'estiment menacées : on parle de " réductions douloureuses ", de " révisions dramatiques ", ou même d' " amputations mortelles ". Finalement, cela se solde par une moindre - mais néanmoins sensible - augmentation des horaires hebdomadaires des différentes sections où l'on passe de 23 ou 24 heures hebdomadaires de cours le plus souvent à 25 voire 26 heures.

 

L'attitude du grand ministre de l'Education nationale du Front populaire, Jean Zay ( celui là même qui a fait décider en 1936 l'allongement de la durée de la scolarité obligatoire d'un an ), est assez significative en l'occurrence. Il est caractéristique qu'il évite l'affrontement et tente de raisonner les parties en cause. Ainsi Jean Zay prétend, dans ses "Souvenirs ", avoir obtenu que " les différents spécialistes d'accord pour une diminution des horaires mais souhaitant que leur discipline soit épargnée, fassent tous un effort pour aboutir ". Et il se contente de donner en 1938 des Instructions pour une application a minima des programmes que l'on n'a pas, en définitive, osé vraiment ‘'alléger'' malgré les recommandations de la Commission d'enquête sur la question des horaires et du surmenage scolaire : " Mesurer le travail, c'est le proportionner aux forces physiques et aux capacités intellectuelles de l'élève ainsi qu'au temps dont il dispose pour l'accomplir [...]. Le professeur doit évidemment tenir compte des exigences des enseignements autres que le sien. Pour s'accommoder à elles, le professeur de français devra considérer qu'il n'est pas dans l'obligation de faire parcourir à ses élèves toutes les rubriques du programme [...]. Quant aux professeurs de sciences, ils considéreront aussi que leurs programmes sont des schémas qui leur laissent une très large liberté ".

 

Il va de soi que toute ressemblance avec la situation actuelle serait pure coïncidence ( étant entendu que l'on est passé depuis, en moyenne, de 25 à 30 heures de cours hebdomadaires ).

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