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Billet de blog 13 oct. 2021

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Blanquer : un républicain sans valeur(s)

Jean-Michel Blanquer lance aujourd'hui un « Laboratoire de la République ». Il n'est pourtant pas le mieux placé pour le faire car avec lui n'importe quoi peut être dit "républicain" sans qu'il se soucie le moins du monde du "faux sens" voire du ''non sens'' encouru. Deux exemples topiques, parmi bien d'autres possibles.

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Non sens. Le lundi 21 septembre 2020, interrogé sur RTL où on lui demande si c'est « réac » d'exiger des jeunes qu'ils soient habillés correctement pour aller en cours, Jean-Michel Blanquer défend le port d'une tenue « correcte » avant d'ajouter : « chacun peut comprendre que l'on vient à l'école habillé d'une façon... je dirais républicaine ». Personne ne songerait à soutenir que les Gardes républicains portent une tenue républicaine ou les Horse guards une tenue royaliste. Mais le ''nonsense'' ministériel, à la Lewis Carroll, d'une « tenue républicaine à l'école » peut avoir son ''petit effet''.

Faux sens.  Le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer n'a pas hésité à affirmer le 7 juillet 2019 sur TF1 que « c'est un sacrilège d'abîmer le baccalauréat, un des plus beaux rendez-vous républicains ». Et Jean-Michel Blanquer a réitéré, dans un entretien sur le baccalauréat paru dans le ''1 Hebdo'' du 11 septembre : « c'est évidemment à dessein que j'ai utilisé l'expression ''sacrilège''. Le viol de certains principes et valeurs républicaines représente lorsqu'il est commis, un sacrilège. C'est le cas lorsqu'on s'attaque au baccalauréat et à sa passation. Le sujet n'est pas divin, mais le mot sacrilège peut s'adapter à la situation car la République est ce qui nous relie et, à ce titre peut être considérée comme sacrée » .

République ! Sacrée !  Nous y voilà ! L'emploi du terme « républicain » n'est nullement ''innocent''. Qui pourrait le croire ? Il est employé à dessein pour intimider, manoeuvrer et l'emporter.  Il est employé pour faire taire et stigmatiser l’adversaire. C’est ce qui seul justifie qu’il n’y ait pas  le moindre respect pour la vérité historique et la moindre vergogne dans cet usage abusif.

Car qu'est-ce qui serait d'origine ''républicaine'' dans la ''méritocratie'' attribuée au baccalauréat ? En fait, rien ! 
Le fait que les examinateurs ne peuvent appartenir au lycée d'origine du candidat ? Mais c'est instauré dès la fondation du baccalauréat qui fut le fait de... l'empereur Napoléon I. Le baccalauréat étant avant tout alors un examen d'entrée à l'Université, le jury n'est composé que d'universitaires.  Il ne saurait donc a fortiori être question que des professeurs du lycée d'origine du candidat soient membres du jury.

La possibilité d'un écrit évalué anonymement ? Mais l'écrit apparaît sous... la Monarchie de Juillet, avec assez vite une évaluation distincte du moment de l'oral et anonyme.

Les mentions, typiques d'une visée ''méritocratique''? Les mentions au baccalauréat ont été créées en 1840, c'est à dire en pleine... monarchie constitutionnelle et en un moment ''libéral'', ce qui est d’ailleurs leur véritable sens, les ''libéraux '' historiques étant pour la reconnaissance et le classement des ''mérites'', des ''capacités''.

L'outrance de la stigmatisation d'« abîmer le baccalauréat, un des plus beaux rendez-vous républicains », un « sacrilège » contre « la République, sacrée », proférée par Jean-Michel Blanquer,  ne peut  susciter qu'un vif étonnement devant ce qui est une méconnaissance historique de taille de la part d''un ministre de l'Education nationale ! Ou bien, s'il ne s'agit pas de cela, comme on peut s'en douter, alors on ne peut qu'éprouver de l'inquiétude face à une pratique ministérielle politicienne très déterminée dans la falsification, la dramatisation et l'intimidation.

Et cela donne surtout des indications sur ce que Jean-Michel Blanquer peut escompter de la mise en place de son ''Laboratoire de la République" (sans compter la petite monnaie purement politicienne) » : une « obscure clarté qui tombe des étoiles » en guise de mise en évidence des "valeurs de la République". Jean-Michel Blanquer : un ''républicain'' sans valeur(s).  

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