Lecture et «genre»

Selon certains dirigeants de droite, le rôle de l'Ecole devrait se limiter au « lire, écrire, compter » sans se préoccuper d'autre chose, et en particulier des inégalités de ''genre''. Mais il y a deux fois plus de garçons en échec que de filles en lecture. Serait-ce un « détail » ?

Selon certains dirigeants de droite, le rôle de l'Ecole devrait se limiter au « lire, écrire, compter » sans se préoccuper d'autre chose, et en particulier des inégalités de ''genre''. Mais il y a deux fois plus de garçons en échec que de filles en lecture. Serait-ce un « détail » ?

Le ministre de l'Education nationale Vincent Peillon a rétorqué à juste titre dans le journal « Libération »  en date du 12 février , qu'« en réalité, instruire et éduquer vont ensemble » tout enindiquant qu'« une interdiction lexicale commence à peser sur le mot genre- première étape des pensées totalitaires […]. Quand on interdit les mots, on interdit les pensées. On a connu cela à d'autres époques . L'épuration de la langue est le premier acte ; après, on fait la chasse aux livres. Puis la guerre aux professeurs et aux valeurs républicaines. Je ne l'accepte pas ».

Comme je l'ai écrit dans mon dernier billet ( « Non à un Munich pédagogique ! ») paru le 6 février, « il ne saurait être question d'être du genre à renoncer à la notion de ''genre'' » car cette notion permet d'avoir des chances de penser plus correctement certaines situations et certaines dispositions, notamment en l'occurrence certaines difficultés dans la maîtrise de la lecture ( qui ne sauraient être circonscrites aux sempiternels débats sur les ''méthodes'' – même si elles ont manifestement leur importance – quand on a clairement à l'esprit les très grandes différences de résultats entre garçons et filles ).

Quelques rappels pour mémoire à ce sujet. Rapport du Conseil économique, social et environnemental. Les inégalités à l'école » de septembre 2011 : « Les principaux indicateurs de la scolarité rendent compte du meilleur comportement scolaire et de la plus grande réussite des filles jusqu’à un stade avancé de leurs études […].Ce qui est préoccupant dans le cas de la France est que le différentiel de performance filles-garçons se soit creusé (+11 points) depuis 2000 un peu plus fortement que la moyenne de ses partenaires […]. La représentation par genre des niveaux les plus faibles dans les enquêtes PISA est particulièrement éloquente. Elle montre la concentration de la difficulté scolaire sur les garçons. En France, 26% des garçons et 14% des filles n’atteignaient pas, en 2009, le niveau de compétence 2 en lecture, considéré comme un minimum à atteindre pour réussir son parcours personnel ».

« Synthèse OCDE » de décembre 2010 ( à propos des résultats de PISA 2009) : « Les élèves qui ont des lectures variées sont particulièrement performants en compréhension de l’écrit […]. Ceux qui lisent des livres de fiction par plaisir se sont montrés plus performants par comparaison à ceux qui ne lisent pas du tout par plaisir [...]. La plupart des garçons et filles fréquentent les mêmes classes et sont pris en charge par les mêmes enseignants. L’enquête PISA suggère que l’écart de 39 points en moyenne en compréhension de l’écrit, soit l’équivalent d’une année d’études, s’explique en grande partie par les différences d’engagement dans la lecture et d’approches à l’égard de l’apprentissage entre les sexes […]. Il conviendrait donc de construire des stratégies spécifiques afin de trouver des moyens plus efficaces pour amener les garçons à s’intéresser à la lecture dans le cadre scolaire et familial». 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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