Mai 68 et l'éducation: un anniversaire abracadabrantesque

Il y a tout juste quarante ans, du 15 au 17 mars 1968, s’est tenu à Amiens un colloque des plus surprenants avec la participation de la fine fleur des hauts fonctionnaires de l’éducation nationale et des chercheurs en éducation.

Il y a tout juste quarante ans, du 15 au 17 mars 1968, s’est tenu à Amiens un colloque des plus surprenants avec la participation de la fine fleur des hauts fonctionnaires de l’éducation nationale et des chercheurs en éducation. Le mot de la fin du recteur d’Amiens, puissance invitante, a été également des plus étonnants : " Le seul moyen d’éviter les révolutions, c’est d’en faire ". Deux mois avant Mai 68. Dans la déclaration finale du 17 mars 1968, les membres du colloque, " profondément troublés par l’inadaptation d’un système éducatif hérité du XIX°siècle " s’accordent sur " l’urgence d’une rénovation éducative aussi bien que pédagogique qui ne saurait être différée sans risques de sérieuses tensions psychologiques, économiques et sociales ". Le rapport final indique " les grandes lignes d’une rénovation pédagogique ", et stigmatise "les excès de l’individualisme qui doivent être supprimés en renonçant au principe du classement des élèves, en développant les travaux de groupe, en essayant de substituer à la note traditionnelle une appréciation qualitative et une indication de niveau ( lettres A,B,C,D,E ) ".

Il est affirmé qu’il faudrait " individualiser les rythmes de progression " et que le contenu des enseignements devrait " être fixé par cycles et non plus par année scolaire, cette souplesse d’organisation rendant nécessaire la constitution d’équipes de professeurs adoptant une stratégie pédagogique concertée ". Enfin les membres du colloque recommandent tout particulièrement "l’institution, auprès de chaque Académie, d’un centre Universitaire de Formation et de Recherche en éducation, et deux années de formation professionnelle pour tous les futurs enseignants ".

 

Après avoir souligné dans son discours de clôture que la " relation entre l’école et la société traverse une crise véritable que l’on peut mesurer à la méfiance voire à l’agressivité de la jeunesse ", le ministre très gaullien de l’Education nationale Alain Peyrefitte affirme ne voir une solution que par " la réforme des méthodes de l’enseignement " et précise qu’il " retient volontiers pour caractériser l’esprit nouveau, le mot ‘’animateur’’ qui a été employé au sein du colloque […] ; tout cela signifie que nous voulons des maîtres qui soient moins les serviteurs d’une discipline que les serviteurs des enfants, des maîtres qui sachent, certes, de quoi ils parlent, mais aussi et surtout à qui ils parlent."

 

"C’est seulement par cette réforme des méthodes de l’enseignement, conclut le ministre Alain Peyrefitte, que l’école peut remplir aujourd’hui sa mission de toujours, celle d’initier à une culture ; or cette initiation, aujourd’hui, ne peut qu’être une invention : il s’agit d’aider à la mue de la société, d’apprendre à vivre dans l’incertain sans angoisse ni indifférence, d’éduquer le sens critique, d’enseigner l’ironie, de fortifier à la fois l’autonomie et la sociabilité. Dans cette liberté, naîtra une nouvelle culture, qui sera une culture de notre temps."

 

Deux mois après ces déclarations fracassantes, Mai 68. Une " révolution " dans la continuité du colloque d’Amiens ? Quarante ans après, le chef de l’Etat - Nicolas Sarkozy - condamne sans appel, en particulier dans le domaine éducatif, Mai 68. Son discours de février 2008, à Périgueux, sur la refondation des programmes du primaire a des accents très traditionnels voire passéistes et autoritaires. Bizarre. Vous avez dit bizarre ? Comme c’est bizarre !

 

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