Le retour des «remises des prix»?

Le ministre de l’Education nationale envisage que les bacheliers puissent recevoir " une médaille, de couleur différente, peut-être sur le mode des médailles sportives, or, argent, bronze…selon la mention obtenue ".

Le ministre de l’Education nationale envisage que les bacheliers puissent recevoir " une médaille, de couleur différente, peut-être sur le mode des médailles sportives, or, argent, bronze…selon la mention obtenue ".

 

Dans son interview du 14 septembre dans " Aujourd’hui en France ", Xavier Darcos place cette décision ( " l’idée, dit-il , est validée et il ne reste plus qu’à réfléchir aux modalités " ) dans le cadre premier de " la promotion par le mérite, qui est l’une de nos préoccupations depuis le début : c’est ce que nous faisons lorsque nous assouplissons la carte scolaire, donnons en priorité des dérogations aux boursiers au mérite ou permettons à 5% des élèves de lycées difficiles d’intégrer les classes prépa ".

 

 

En l’occurrence, il n’est pas inutile de savoir pour quelle raison la disparition des distributions de prix et autres tableaux d’honneur ( corrélatives de la disparition des compositions trimestrielles et des classements des élèves ) a été impulsée dès avant mai 68 et poursuivie par des ministres très gaulliens. Le colloque d’Amiens qui s’est tenu sous la houlette d’Alain Peyreffitte à la mi-mars 1968 stigmatise " les excès de l’individualisme qui doivent être supprimés en renonçant au principe du classement des élèves, en développant les travaux de groupe, en essayant de substituer à la note traditionnelle une appréciation qualitative et une indication de niveau ( lettres A, B, C, D, E ) ". Les ministres suivants, Edgar Faure et Olivier Guichard , vont mettre en musique cette politique en 1969 et au début des années 70.

 

 

C'était revenir ( dans une certaine mesure ) pour les deux dernières propositions à des pratiques en vigueur dans les anciens collèges jésuites :notation de 1 à 6 et l’émulation dans un cadre collectif ( chaque classe, par exemple, était divisé en deux parties – les ‘’Romains et les ‘’ Carthaginois’’ qui se livraient à des luttes acharnées – scolaires et éducatives – pour la suprématie d’un groupe sur l’autre ). C’était aussi tenir compte – entre autres – du souhait de nombre de chefs d’entreprise qu’il y ait une formation à un " esprit d’équipe " devant surmonter un strict individualisme.

 

 

Apparemment, en dépit de ses références réitérées aux médailles olympiques, il n’y a que des sports individuels pour Xavier Darcos mais pas de sports d’équipe ( pauvre équipe de handball, déjà oubliée ou négligée ! ).

On notera aussi pour mémoire que François Mitterrand avait stoppé net un ‘’rabotage’’ des classements scolaires au niveau même du baccalauréat en sommant sèchement son ministre de l’Education nationale Alain Savary de rétablir les mentions au bac qu’il avait décidé de supprimer, (en plein Conseil ministériel du 31 août 1983 ).

 

 

Xavier Darcos place aussi son initiative dans le cadre de la question des ‘’ rites scolaires’’ nécessaires, voire des rites de passage : " La récompense solennelle existe déjà ici ou là, avec remise de prix ou de cadeaux ; je crois personnellement beaucoup aux rites de passage – et ce genre de cérémonie en est un – comme le pratiquent les lycées anglo-saxons ".

 

 

On sera peut-être surpris, mais cette question des rites scolaires ( dans un sens moins restreint et surtout moins rétro ) est aussi à l’ordre du jour chez certains pédagogues, en particulier Philippe Meirieu ) : " Je crois, dit-il, à la nécessité de ritualiser les fonctionnements et d’être ferme sur les rites, sans, pour autant, être nostalgique. Pour moi, il ne s’agit pas de réinstaller les anciens rites en se disant que, miraculeusement, ils fonctionneront. Ce qui fonctionnera, ce sont des rites construits et adaptés qui permettront de scander le temps, de marquer les césures, de donner du rythme ".

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