C'est le tournant pris par la convention de l'UMP sur l'Ecole qui vient de se tenir . Cette ''radicalisation'' est emblématique de ''l'air du temps'' qui domine à droite actuellement, une atmosphère des plus douteuses.

 

Ultralibéralisme

Bien au delà de l' « assouplissement de la carte scolaire » mis en place par Xavier Darcos et même de la « disparition » à terme de la carte scolaire annoncée en son temps par Nicolas Sarkozy, le texte du projet de l'UMP préconise le « chèque éducation » comme base du financement de l'école. Les établissements n'auraient plus de budgets pré établis et ne disposeraient de ressources qu'en fonction du nombre d'élèves inscrits (la concurrence sans merci entre établissements étant désormais à la base du nouveau système scolaire). Ce nouveau projet de l'UMP préconise dans la foulée des "écoles à charte", c'est à dire des écoles publiques disposant d'une large autonomie pour le recrutement des élèves et les programmes, les chefs d'établissement ayant la responsabilité du recrutement des enseignants.

 

Avec le « chèque éducation », on est dans la droite ligne de la proposition de l'ultra-libéral Alain Madelin énoncée dès 1984 (et qui avait été toujours refusée jusqu'ici par ceux qui se présentent comme des héritiers du ''gaullisme''). Dans son essai « Pour libérer l’école » ( on notera que le titre du texte à la convention qui vient de se tenir est « Libérons l'Ecole » ) Alain Madelin considère qu’il faut sortir de la logique de l’offre pour laisser s’imposer la logique des consommateurs : « L’éducation de l’avenir est une éducation dirigée d’en bas, par la demande. Or la demande suppose le choix, la liberté, la concurrence, la pluralité de choix ». Concrètement, il propose de développer une politique de « l’allocation scolaire » qui consisterait à distribuer un fonds de ressources à chaque utilisateur : « Seule l’introduction de l’allocation scolaire, dans le système éducatif, peut permettre l’émergence d’un véritable ‘’ consumérisme scolaire ‘’ grâce à la traduction immédiate sur le ‘’ marché libre de l’enseignement ‘’ des besoins, des attentes et des demandes des ‘’ consommateurs d’école’’ ». Et Alain Madelin compare le libre choix de l’établissement au « service de restauration à la carte » : « l’école publique, unifiée et laïque, est le bol de riz des Chinois ; la carte scolaire est la cantine obligatoire. Au fond, choisir sur la carte d’un restaurant pose les mêmes problèmes que choisir l’enseignement de ses enfants dans une école à la carte ». 

 

Réactionnaire

On se contera de pointer à ce sujet l'une des mesures préconisées par le texte du projet de l'UMP (ou par nombre de participants à la Convention), à savoir le retour d'un examen pour l'entrée en sixième, qui nous ferait revenir – de fait - non seulement à avant la création du « collège unique » ( 1975 ) mais aussi à avant le « collège d'enseignement secondaire » (1963) une création personnelle du président de la République Charles de Gaulle (cf mon billet du 5 août) par laquelle il est décidé que tous les petits Français passeront désormais par ce « collège » (de quatre ans de scolarité) après le CM2.

 

Un demi-siècle en arrière, et effacer l'une des créations scolaires de la cinquième République, voilà la perception de ''l'avenir'' que peuvent avoir (dans l'atmosphère délétère qui prévaut actuellement à droite) des ''héritiers'' prétendus du ''gaullisme''. Sans compter que l'instauration de la ''carte scolaire'' ( de la ''sectorisation'' ), en 1963 également, est aussi une création que l'on doit à Charles de Gaulle ( et un corollaire de la mise en place des « collèges d'enseignement secondaire »).

 

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Hollande étant passé à droite, l'UMP est obligé d'aller encore au-delà de l'au-delà pour se démarquer un peu...