Les contre-vérités sans fin d'une secrétaire perpétuelle!

Hélène Carrère d'Encausse s'étant enferrée dans le déni de l'approbation par l'Académie française de certaines « rectifications orthographiques » en 1990, tente une fuite en avant en proférant des contre-vérités patentes. Peut-on tolérer cela de la part de la secrétaire perpétuelle d'une institution considérée comme vénérable ?

Dans « La Croix » du 13 février, Hélène Carrère d'Encausse réitère son déni en l'accompagnant d'une autre contre-vérité : « Je n'ai pas compris les raisons qui expliquent l'exhumation d'une réforme de l'orthographe élaborée il y a un quart de siècle et où l'Académie n'a eu aucune part à l'inverse de ce que l'on a voulu faire croire ».

Cette seconde contre-vérité (qui vise à faire perdre de vue la contre-vérité initiale, à savoir le déni de l'implication effective de l'Académie française dans les « rectifications orthographiques » de 1990) , c'est l'affirmation selon laquelle il y aurait eu, dans les programmes qui viennent d'être adoptés, « l'exhumation d'une réforme de l'orthographe élaborée en 1990 » alors que ces programmes ne font que reprendre sur ces points précis les indications des programmes de 2008 édictées sous le ministère de Xavier Darcos (devenu depuis un académicien tout à fait reconnu).

C'était, pour les rédacteurs de ces programmes, une pleine continuité et un non événement. En effet, les programmes de 2008 sous le ministère de Xavier Darcos (et sans qu'il y ait eu alors la moindre interpellation ou contestation) s'étaient déjà prononcés sur ces points là.

Pour l'école primaire, la page 37 du Bulletin officiel de l'Éducation nationale hors-série no 3du 19 juin 2008 pose comme principe que :« L’orthographe révisée est la référence ». Pour le collège, la page 2, section « Orthographe », du Bulletin officiel de l'Éducation nationale spécial no 6 du 28août 2008 indique que  « Pour l’enseignement de la langue française, le professeur tient compte des rectifications de l’orthographe proposées par le Rapport du Conseil supérieur de la langue française , approuvées par l’Académie française » (Journal officiel de la République française du 6 décembre 1990) ».

Sans doute pour ''noyer le poisson'' (comme on ne dit pas sous la Coupole, car ce serait ''vulgaire '' ; mais on le fait), la secrétaire perpétuelle ajoute dans l'article de « La Croix » du 13 février que, depuis 1990, le contexte a totalement changé : « En 2016, nous sommes devant une situation radicalement différente », avec un système éducatif qui « s'est écroulé » au point « qu'un élève sur cinq quitte l'école sans savoir lire ».

Il ne saurait être question de nier ce drame effectif, et encore moins de l'instrumentaliser comme elle à des fins douteuses. Mais cet argumentaire est également une contre-vérité dans la mesure où il ne s'agit pas (hélas, et cela n'a que trop duré) d'une constatation nouvelle, mais de longue date, qui était déjà faite dans les années 1990 contrairement à ce que prétend Hélène Carrère d'Encausse.

Dès mars 1989, le ministre de l'Education nationale Lionel Jospin a assuré une grande publicité au « rapport Migeon » qui évalue à « 20% au minimum » le pourcentage d'élèves qui « quittent l'école sans savoir lire » . Et au congrès de la PEEP du 20 mai 1993, le ministre de l'Education nationale François Bayrou déclare qu' « il n'est pas acceptable qu'un enfant sur cinq, sur quatre ou sur trois , ne sache pas lire en sortant de l'école »

Mais la secrétaire perpétuelle n'en a pas fini pour tenter de se sortir de son pas de clerc initial . In fine, « elle remarque que la réforme est tombée en désuétude. Les Français dans leur pratique ne l'ont pas cautionné ». D'où tient-elle cela ? On l'ignore.

Les dictionnaires Larousse et Robert intègrent progressivement « les rectifications orthographiques ». L'édition de 1993 du Petit Robert en comportait déjà autour de 1500 en 1993, principalement comme graphies alternatives. Celle de 2009 a repris un grand nombre d'autres modifications. Dans son édition 2012 (parue en 2011), le Petit Larousse intègre les graphies rectifiées. Le Conseil international de la langue française (CILF) a adopté, pour son dictionnaire des termes officiels, la nouvelle orthographe. L'édition 2009 du Multidictionnaire de la langue française a comme première orthographe 60 % des rectifications ; et les autres modifications sont indiquées  sous la forme d'un commentaire en fin d'article.

Les correcteurs informatiques, maintenant tous à jour, participent désormais à faire la promotion des « rectifications orthographiques ». Depuis 2002-2003, ProLexis, très présent auprès des maisons d'éditions et de la presse en France, permet à l'utilisateur d'employer l'une ou l'autre des deux orthographes. Depuis octobre 2003, la cinquième édition d'Antidote, Antidote Prisme, intègre l'ensemble de la nouvelle orthographe.

Bon, si on sifflait la fin de la partie et d'une semaine de bruits qui n'ont pas grandi leurs auteurs ?A moins que ce ne soit une vraie campagne de désinformation et de manipulation, délibérément provoquée et dûment orchestrée? Mais que ferait là une secrétaire perpétuelle de l'Académie française ? Ce serait vraiment inadmissible !

 

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