Le ministre de l'hésitation nationale Blanquer a manqué son rendez-vous historique!

Le «vrai contrôle continu» compte pour 10% et le «faux contrôle continu» pour 30%. In fine, «l'allégement» des épreuves et leur «simplification» se solde par un «alourdissement» et une «complexification» du baccalauréat. Bravo l'artiste qui arrive ce soir en majesté à «l'émission politique» de France 2.

On se rappelle peut-être (par delà le miroitement multiforme des annonces dont Jean-Michel Blanquer est coutumier) que le début (et le cœur ) de la réforme envisagée et proclamée par le candidat à la présidentielle Emmanuel Macron était la ''simplification '' du baccalauréat. Il est vrai qu'avec un taux de réussite de plus de 90 % pour les baccalauréats généraux et technologiques, passer beaucoup de temps à l'organisation et la passation des épreuves peut paraître quelque peu incongru.

Dans son interview parue dans « L'Etudiant » le 30 mars dernier, Emmanuel Macron avait été très clair : « Nous faisons confiance au contrôle continu et au jugement des professeurs pour l'entrée dans les formations sélectives (écoles préparatoires aux grandes écoles, sections de techniciens supérieurs, IUT, écoles post-bacs). Pourquoi en seraient-ils incapables pour le baccalauréat? ». Il s'agissait bien du ''contrôle continu'' entendu comme l'ensemble des évaluations ordinaires faites au fil des années (en première et terminale) présentes dans les dossiers des postulants examinés. Et on se souvient de sa conclusion : « Je souhaite donc simplifier le baccalauréat. Quatre matières seront passées en contrôle terminal, les autres seront validées en contrôle continu ».

Mais ce n'est pas ce qui vient d'être annoncé par le ministre de l'hésitation nationale Blanquer. Cinq épreuves terminales (le français en fin de classe de première, deux épreuves de spécialité au printemps, un ''oral'' et la philosophie en fin de terminale) comptant pour 60%. Plus 10 % de ''vrai contrôle continu'' (prise en compte des notes ''ordinaires'', comme dans les dossiers de candidatures aux formations post-bacs recherchées). Plus 30 % de ''faux contrôle continu'' reposant sur des ''partiels'' ad hoc en première et terminale (pouvant avoir lieu en janvier et en avril pour la première, et en décembre pour la terminale). La ''simplification'' demandée et proclamée par le chef de l'Etat Emmanuel Macron se solde par un étalement et une prolifération des moments possibles de ''bachotage'', une soi-disant simplification ultra-compliquée !

Le prix de l'humour noir peut être accordé à la réaction du principal syndicat de chefs d'établissement, le SNDPEN, qui « accueille favorablement la nouvelle organisation du baccalauréat […], mais sera très attentif pour que la mise en œuvre des ''partiels'' ne désorganise pas chroniquement les lycées »

Dans mon billet du 29 janvier, j'avais souligné que « l'absence de ''contrôle continu'' pour les baccalauréats généraux (en dépit de leurs nombreux changements de forme par ailleurs) a donc été jusqu'ici une quasi constante historique. On mesure ainsi à quel point Jean-Michel Blanquer est face à une décision d'ordre historique. Sera-t-il à la hauteur ? Va-t-il réaliser ce que d'autres personnages illustres ont envisagé mais n'ont pas réussi à faire ? Entre autres Emile Combes en 1896, Michel Debré en 1950, Lionel Jospin en 1989, Claude Allègre en 2000 et François Fillon en 2005 ?

Et dans mon billet du 23 janvier, j'avais indiqué que « pour accomplir cette tâche historique, pour trancher ce nœud gordien, il faut un Alexandre »

Mais pour être un Alexandre, il ne faut pas être n'importe qui. Or qui est donc le ministre Jean-Michel Blanquer ? Un membre de ''la société civile'' comme il a été présenté lors de sa nomination ? Avant tout un Haut-administrateur féru de ''pragmatisme'' et de ''science'' comme il aime à se présenter lui-même ? Un hyper-communicant capable  d'accomplir le miracle de changer le sens des mots (faute d'affronter les réalités) communément adopté par les simples mortels (''simplification'', ''contrôle continu'', etc). Il mérite ainsi amplement son assomption dans « L'émission politique » de ce soir sur France 2. Alléluia !

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