Point historique sur la loi Blanquer: médiocrité (en latin "in medio stat virtus'')

Pour la première fois depuis trente ans, une loi sur l'enseignement scolaire d'origine ministérielle ne devrait pas être votée soit par la droite soit par la gauche. Faisant de nécessité vertu, Blanquer a tenté de valoriser cette position en l'universalisant par un aphorisme latin. Mais sa loi n'est d'évidence pas à la hauteur nécessaire; et l'Histoire ne sera pas au rendez -vous.

Et pourtant ce type de loi est fort rare. Cela peut surprendre, mais il n'y a eu que trois lois d'origine ministérielle concernant l'enseignement scolaire (c'est à dire les écoles, les collèges et les lycées) durant ces trente dernières années: les trois lois dites d'''orientation'' de 1989, 2005 et 2013.

Depuis la loi d'orientation "Jospin" de juillet 1989 votée par l'ensemble des socialistes (les communistes s'abstenant, et toute la droite votant contre), il y a eu la loi d'orientation "Fillon" d'avril 2005 votée par toute la droite (unanimement au Sénat, certains UDF s'abstenant à l'Assemblée; toute la gauche votant contre), puis ensuite la loi d'orientation ''Peillon'' de juillet 2013 votée par toute la gauche (socialistes, Europe écologie-Les Verts et les communistes), toute la droite votant contre.

On se souvient que dès son arrivée au ministère de l'Education nationale, en mai 2017, Jean-Michel Blanquer a eu une façon bien singulière de satisfaire son ego en excipant (d'entrée de jeu et pour l'Histoire) d'une exceptionnalité qui n'avait aucun fondement : « il n'y aura pas de loi ''Blanquer'', et j'en serai fier ». Car au total, durant toute la cinquième République, seulement sept ministres de l'Education nationale « ont donné leur nom à une loi scolaire » . Sept sur les trente quatre qui se sont succédé ! Jean-Michel Blanquer ''surfait'' (à bon compte!) sur l'idée (répandue, mais fausse) que chaque ministre de l'Education nationale n'avait de cesse de donner son nom à une loi (alors que seulement un sur cinq l'a fait...).

Craignait-il initialement in petto de n'être pas à la hauteur (ce qui dénoterait une certaine lucidité)? Toujours est-il que Jean-Michel Blanquer (peut-être gagné par une certaine ''hubris'', l'un des ''risques du métier'') a finalement annoncé la mise en chantier d'une nouvelle loi (non d'''orientation'' mais de ''confiance'', au risque de s'y perdre en nous égarant).

On se demande encore ce qui l'a poussé in fine à mettre en oeuvre cette loi faite de bric et de broc, une loi fourre-tout et attrape-tout composée de 25 articles hétéroclites: les uns apparaissant comme de simples commodités, d'autres pouvant être considérés comme potentiellement lourds de menaces, sans compter certains articles pouvant soigner avant tout la vanité du ministre.

Le manque de ''colonne vertébrale'' (et de ''sens d'ensemble'') du projet de loi ''Blanquer'' a favorisé la prolifération et la diversité échevelée des amendements déposés. On n'avait jamais vu cela , pour une loi de cet ordre. Et beaucoup de commentateurs l'ont relevé à leur façon.

Le degré d'impréparation a été patent pour certains articles ou amendements retenus (confinant parfois au ridicule voire à l'ubuesque). On peut citer, entre autres, certains exemples qui resteront dans les mémoires sinon dans l'Histoire... Drapeaux et cartes de France dans toutes les classes. Texte de tous les couplets de la Marseillaise (certains sont quasiment indéchiffrables par la plupart des élèves concernés) devant être affichés dans chaque classe. Dénominations balancées des parents ( dont ''parent n°1'' et ''parent n°2''). Acceptation, puis vote dans la précipitation de la création d'''écoles publiques des savoirs fondamentaux'' dans un grand flou artistique (sans savoir d'ailleurs s'il s'agit ou non d'écoles du ''socle commun'', ce qui n'est pas un ''détail'', loin s'en faut).

Comme il est dit dans" Le Café pédagogique" du 15 février '' l'Assemblée nationale a adopté en quelques minutes par 35 voix contre 7 l'établissement public des savoirs fondamentaux [...]. Là où les collectivités locales et le recteur le voudront, les collèges et les écoles seront regroupées. Ce regroupement devrait libérer des milliers de postes et faire sauter la plupart des directeurs.Peut-on transformer profondément l'éducation nationale sans consulter les organisations professionnelles, sans même prendre l'avis du Conseil d'Etat et sans aucune étude d'impact ? C'est ce que JM BLanquer vient de faire [...] en quelques minutes. Il aura fallu plus de temps le 15 février pour voter le rectorat de Mayotte".

Faut-il pleurer, faut-il en rire

Fait-elle envie ou bien pitié

Je n'ai pas le coeur à le dire

On ne voit pas le temps passer

PS : Patrick Hetzel, député LR demande le lundi 11 février au nom de son groupe un retour en commission du projet de loi Blanquer: '' À y regarder de près, ce projet de loi est plus dangereux que ne le laissaient présager jusqu’ici vos sorties faussement rassurantes. De ses articles émerge un fourre-tout de mesures prétendument techniques, qui reflètent en réalité de profondes réformes et une inquiétante volonté de reprise en main de l’ensemble du système éducatif – et tout cela, bien entendu, avec l’air de ne pas y toucher. [...]. J’ai soulevé plusieurs questions qui, à ce jour, restent sans réponse de la part du Gouvernement alors qu’elles mériteraient amplement d’être débattues plus avant en commission. C’est la raison pour laquelle le groupe Les Républicains demande un renvoi en commission du projet de loi, inabouti, inachevé et dangereux". (Applaudissements sur les bancs du groupe LR)

Frédéric Reiss, député LR, le lundi 11 février "En conclusion, sur des questions essentielles comme la prise en charge de la petite enfance, la formation des professeurs, l’évaluation du système scolaire ou le besoin de proximité, le texte apporte des réponses inadaptées, incomplètes voire contradictoires. Le groupe Les Républicains ne signera pas un chèque en blanc au Gouvernement dans un domaine aussi important que celui de l’éducation". (Applaudissements sur les bancs du groupe LR).

 

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