Enfin, pas pour tout le monde. Et dans l'ordre de préséance. D'abord le matin pour les bacs généraux. Ensuite l'après-midi pour les bacs technologiques. Quant aux bacs professionnels, on attendra la nuit profonde... Ce dispositif en dit plus long qu'il ne paraît sur ce qui devrait sauter aux yeux : « le » baccalauréat  (dont on nous rebat chaque année les oreilles) n'existe pas. Et l'épreuve de philosophie (considérée comme la clé de voûte d'un enseignement secondaire accompli) en est l'emblème, par sa première place symbolique conservée, et ses limites ou lacunes de fait.

Sous la troisième et la quatrième République, il y eut le temps du « certificat de fin d'études primaires » : un moment d'épreuve retenant rituellement l'attention. Au fil du temps, « le baccalauréat » (qui avait pu être nommé au début du XXième siècle « brevet de bourgeoisie ») est devenu lui aussi une sorte de rite soi-disant égalitaire et républicain associé à des images d'élèves entrant et sortant partout en France de salles d'examen au même moment. « Le baccalauréat » existerait bien , puisque on les a vus , ''tous'' en un même moment d'épreuve.

Mais on pourrait aussi en venir à penser que c'est en réalité le temps d' « un certificat de fin d'études secondaires » qui est advenu, incarné dans des baccalauréats très divers et très hiérarchisés de fait. La place de la philosophie devrait nous le rappeler, alors que seul le nombre des bacheliers professionnels augmente significativement ces dernières années (celui des bacheliers généraux restant quasi stagnant et celui des bacheliers technologiques allant vers l'effritement).

En 1946, la célèbre Commission Langevin-Wallon avait proposé un horaire minimum de 7h30 de philosophie dans toutes les sections de la classe terminale du second degré. Et le philosophe Jean Lacroix avait commenté : « il ne s'agit plus de limiter l'enseignement philosophique – comme sous Vichy – mais de l'étendre […]. La refonte de tout notre enseignement ne pouvait pas ne pas remettre en question l'esprit même de l'enseignement philosophique, puisqu'il est la clé de voûte de notre système d'éducation » ( « Le Monde » du 15 septembre 1946). Mais le rapport de la Commission resta confiné dans un tiroir ministériel.

Le 8 mai 1981, François Mitterrand prit deux engagements auprès du Groupe de recherches pour l'enseignement de la philosophie (GREPH) : «1) L'enseignement de la philosophie devrait être maintenu et développé. Il s'agit en effet d'une discipline critique, qui doit permettre à chacun de comprendre le monde et de s'y comprendre pour y vivre et y agir. 2) L'enseignement de la philosophie pourrait être étendu dans l'enseignement secondaire en amont de la terminale. Les modalités précises de cette extension feront l'objet d'une concertation lors de la définition des programmes. Au minimum, l'enseignement de la philosophie devrait obligatoirement figurer dans l'ensemble des sections du second cycle long ».

Il est semble-t-il admis qu'intrinsèquement la philosophie est partie intégrante de l'éducation à l'esprit critique. Mais il est non moins patent que cela ne concerne au mieux dans les faits que la moitié d'une classe d'âge (à savoir les candidats aux baccalauréats généraux ou technologiques). Comprenne qui pourra !

Mercredi, c'est philosophie (mais pas pour tutti quanti). Tant il est est vrai qu'à l'Education nationale comme ailleurs, « la vie est un long fleuve tranquille.... » 

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On sait ce que valent les engagements des socialistes. Les professeurs de philosophie attendent toujours qu'ils rétablissent un horaire national uniforme de 4 heures d'enseignement de la philosophie en série générale scientifique. Ils attendent aussi et de plus en plus que, toutes séries confondues, les réformes du législateur aient pour effet de leur envoyer en Terminale des élèves sachant au moins déchiffrer et écrire un texte rédigé en français correct et intelligible. La moitié des élèves de Terminale des séries générales ne sachant plus ni lire ni écrire ce français-là, on imagine le bilan éducatif et culturel de 35 ans de réformes scolaires néolibérales dans les autres séries de l'enseignement secondaire, pour ne rien dire des 150000 élèves qui sortent sans aucun diplôme du système éducatif chaque année. 

Par ailleurs, il faudrait préciser que l'enseignement des principes de la philosophie des Lumières, au principe de notre Constitution et de son Préambule datant justement de 1946, devrait être le fait de tous et non des seuls professeurs de philosophie. On en est bien loin quand des ministres de l´Education œuvrent eux-mêmes à ce que ces principes soient oubliés pour leur substituer la promotion de l'intérêt privé et celle de la vente de produits éducatifs en cassant ouvertement depuis 35 ans au moins l'école de la République, ses élèves et ses maîtres.