«La campagne de démolition qui montre du doigt les enseignants comme des fainéants»

Ce texte est paru dans «Le Monde» en défense de la plupart des enseignants qui «ne méritent pas la démolition systématique qui consiste à les montrer du doigt comme des fainéants toujours en vacances».

"On s'extasie en général sur la performance physique d'un acteur connu jouant une pièce de théâtre de trois heures chaque soir, cinq jours de la semaine; et personne ne conteste ni la valeur de l'intense travail de préparation que cela nécessite ni la dépense énergétique mise en jeu à chaque spectacle.

Cependant lorsqu'un professeur agrégé fait quinze heures de cours par semaine devant trente-cinq ou quarante jeunes plus ou moins attentifs, personne ne réalise combien c'est épuisant physiquement et nerveusement, combien cela s'apparente au travail d'un acteur qui doit perpétuellement captiver son auditoire et non pas la banale routine que dénoncent ceux qui n'ont jamais enseigné.

Quant à la préparation des cours, des travaux pratiques, des exercices et des devoirs, c'est un travail passionnant , mais qui nécessite beaucoup d'investissement personnel et de temps. Et si la tâche de correction est notre ''calvaire'' à tous (car elle est fastidieuse et longue si elle est bien faite), on la sait indispensable aux progrès des élèves et on l'assume sans faiblir [...]

Si le contact existe, si le courant passe avec les élèves, l'enseignant est payé de tous ses efforts et son métier est ''le plus beau du monde''. Si ce n'est pas le cas, ce peut être l'enfer.

En tout cas, la plupart des enseignants ne méritent certainement pas la campagne de démolition systématique qui consiste à les montrer du doigt comme des fainéants toujours en vacances"

On doit noter que l'auteur de ce texte en défense du travail incompris ou méconnu de "la plupart des enseignants" est lui -même agrégé, et en sciences physiques. On doit surtout remarquer que ce texte est paru dans "Le Monde" du 9 février 1989...

Ce matin, sur Europe 1, le ministre de l'Education nationale a prononcé quelques mots laudatifs à destination des enseignants. C'était bien le moins face au "Prof bashing'' qui s'est amplifié durant tout le week-end dernier dans certains médias et non des moindres. Mais il n'a pas eu un mot pour le condamner. En particulier aucune prise de distance avec les déclarations à l'emporte pièce de l'une de ses proches, la députée LREM Anne-Christine Lang (ancienne rapporteure de la loi ''Blanquer'' ) dans le JDD du 13 juin :

"Les enseignants et les personnels, remarquables de dévouement, de conscience professionnelle et de créativité, qui ont déployé des trésors d’ingéniosité dès le début de la crise et pendant toute la période ne doivent pas dissimuler les centaines de milliers d’autres qui, de toute évidence, ne se sont pas sentis concernés. [...] Comment comprendre que les enseignants, à l’instar de tous les personnels soignants du pays ne se soient pas mobilisés avec force pour prendre le parti des enfants et défendre avec fierté leur métier, leur école et son rôle absolument crucial dans la société, surtout en cette période si difficile? Comment accepter, au moment où tous les soignants de France se précipitaient dans les hôpitaux, que les enseignants aient invoqué les risques encourus?"

Comme quoi on peut passer de l'évocation de plusieurs dizaines de milliers d'enseignants en retrait (pour des raisons diverses d'ailleurs) à plusieurs centaines de milliers, puis implicitement à tous ( ''les enseignants" ) sans que le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer y trouve à redire.

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