Une évolution des mouvements enseignants comme en 2003, mais en accéléré?

Pour ce qui concerne les évolutions des taux de grévistes contre la réforme des retraites, c'est ce qu'il se passe. Ce fut accompagné au printemps 2003 de l'apparition de formes de luttes plus diversifiées qui ont eu alors une importance non négligeable.

De l'automne 2002 à la fin du printemps 2003, il y eut 11 journées de grèves nationales aux taux de participation de plus en plus limités (alors que la première journée avait été exceptionnellement réussie)

On peut suivre cette évolution avec quelques jalons significatifs à partir des annonces ministérielles (même si les taux donnés par le ministère sont presque constamment sous-estimés d'environ 10 à 15% pour le primaire et d'au moins un tiers pour le secondaire). Mais en l'occurrence, ce sont avant tout les évolutions qui comptent.

Pour le primaire: 49% le 17 octobre 2002; 40% le 28 janvier 2003; 30% le 18 mars; 10% le 12 juin; 11% le 19 juin . Pour le collège: 44% le 17 octobre 2002; 37% le 28 janvier 2003; 34% le 18 mars; 17% le 12juin; 12% le 19 juin. Pour les lycées: 37% le 17 octobre 2002 ; 28% le 28 janvier 2003; 26% le 18 mars; 9% le 12 juin; 5% le 19 juin.

On le voit, les taux de grévistes aux journées nationales deviennent relativement limités au printemps 2003. Et il y a alors des occupations de rectorats et d'inspections académiques, des blocages de dépôt de bus ou de péages autoroutiers, des opérations escargots sur les routes, des rétentions de notes ou d'appréciation pour les dossiers du baccalauréat, et même des jets d'exemplaires du livre du ministre de l'Education nationale Luc Ferry

Cela a toujours été minoritaire; mais, au plus fort de l'action, les syndicats du second degré ont estimé à environ 3000 le nombre des collèges et lycées publics (sur 7800) touchés dans des proportions variables par des mouvements de grèves reconductibles, eux-mêmes plus ou moins longs.

Les journées de grèves nationales qui ont eu lieu récemment ont commencé aussi par une très forte participation, mais la mobilisation a aussi fortement décliné ensuite, en accéléré par rapport à 2003 (en moins de temps et moins de séquences).

Taux annoncés par le ministère. Pour le premier degré: 51% le 5 décembre 2019 (5% le lendemain); 13% le 10 décembre; 25% le 17 décembre; 19% le 9 janvier 2020; 4% le 14 janvier. Pour le second degré: 42% le 5 décembre 2019 (5% le lendemain); 19% le 10 décembre: 23% le 17 décembre: 16% le 9 janvier 2020; 4% le 14 janvier.

Dans certaines écoles, pour élargir le mouvement, on organise des "cafés de parents''. Dans certains établissements, il y a grève reconductible et parfois blocage (mais on est pour le moment très loin de l'extension que cela avait pris au printemps 2003). Il y a eu hier une occupation du rectorat de Paris. Ailleurs, des manuels ont été jetés (mais il ne s'agit pas de l'un des ouvrages du ministre de l'Education nationale, comme cela avait eu lieu en certains endroits en 2003). Signe des temps (d'un autre temps? car ce lycée avait été particulièrement turbulent dans les débuts de la troisième République), des professeurs du lycée Louis-le Grand - y compris des enseignants de classes préparatoires - se sont mis en grève reconductible...

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.