Benoist Apparu nommé ministre de l'Education nationale. Enfin?

S'il y a quelqu'un qui s'est préparé à ce poste et l'a souhaité ardemment de longue date, c'est bien lui. Il l'a même annoncé publiquement (et innocemment) dès le 20 mai....2009.

On aurait pu penser que cette perspective s'était interrompue avec la défaite d'Alain Juppé - dont il est très proche - à la primaire de la droite et du centre . Eh bien non !

Benoist Apparu est né en novembre 1969. Il a obtenu un DESS de droit international des affaires. Dès 1989, il est délégué des Jeunes RPR de la circonscription d'Alain Juppé dans le 18° arrondissement parisien, puis président national des jeunes RPR de 1994 à 1996. Il est nommé secrétaire national à la jeunesse du RPR par son président Alain Juppé en 1996, poste qu'il occupe jusqu'à l'arrivée de Philippe Seguin à la présidence du RPR, en 1997. De 1999 à 2002, il travaille comme consultant en communication institutionnelle et de crise à l'agence publicitaire Euro-RSCG.

En 2002, Benoist Apparu devient chef de cabinet du ministre délégué à l'Enseignement scolaire puis à la Coopération Xavier Darcos. Il est élu député dans la quatrième circonscription de la Marne aux législatives de 2007. Il est rapporteur de la loi LRU sur l'autonomie des universités de 2007.

En juin 2009, Benoist Apparu rentre dans le gouvernement Fillon en tant que secrétaire chargé du Logement et de l’Urbanisme auprès de Jean-Louis Borloo, ministre d’État, ministre de l’Écologie, de l'Énergie, du Développement durable. En février 2012, il devient ministre délégué au Logement.

En mai 2009, Benoist Apparu dépose à l'Assemblée nationale un rapport parlementaire d'information sur la réforme du lycée dont il est le rédacteur. Ce ''rapport Apparu sur les lycées'' est remarquable et remarqué (cf, par exemple, mon interview du 2 juin 2009 dans ''Educpros'' : « Le rapport Apparu propose une vraie réorganisation du système éducatif »).

Interrogé le 20 mai 2009 sur la plate-forme ''Educpros'' : « Avez-vous d’autres ambitions que celles de rapporteur de mission ? », Benoist Apparu répond : « Je ne cache pas mes ambitions ministérielles. Ce qui ne veut pas dire que je suis candidat au remplacement éventuel de Valérie Pécresse et de Xavier Darcos... Je n’ai pas le niveau et avant de devenir n°1, il faut devenir n°2. Je vise l’après prochaine élection présidentielle pour entrer dans un gouvernement. De toute façon, je pense que Valérie Pécresse [ministre de l'Enseignement supérieur ] et Xavier Darcos [ministre de l'Education nationale] vont rester tous les deux… au moins jusqu’aux régionales »

Huit ans plus tard, serait-ce fait ? Le 26 août 2015, Benoist Apparu a donné quelques indications précieuses pour la suite, recueillies par l'excellent site ''ToutEduc''(à propos du livre d'Alain Juppé auquel il a collaboré : « Mes chemins pour l'Ecole », paru en août 2015). Extraits.

ToutEduc : Vous faites l'impasse sur un certain nombre de sujets, vous évoquez à peine le lycée, les rythmes scolaires...

Benoist Apparu : Et à peine plus le collège... Alain Juppé l'assume, nous ne nous lancerons pas dans une nouvelle réforme des programmes, nous ne reviendrons pas, sinon à la marge, sur les rythmes scolaires. Alain Juppé a souhaité identifier les leviers majeurs pour améliorer les résultats du système éducatif. Nous avons identifié cinq leviers pour agir, pour lutter contre les inégalités. François Hollande a dit "priorité à l'école primaire", mais il ne l'a pas fait, et pour nous, la priorité, c'est l'école maternelle et le CP, et même la crèche »

ToutEduc : Où prendrez-vous les moyens ?

Benoist Apparu : On compte 272 options dans le second degré, lycées professionnels compris, nous estimons qu’en réduisant le nombre d’options, nous générons 250 millions d’économie. Les élèves y ont 10 % de temps scolaire en plus que la moyenne de l'OCDE, ce qui représente 2 milliards d'euros. Nous avons des marges de manoeuvre. Dans les autres pays, la courbe du financement est en U, beaucoup sur le primaire, moins sur le secondaire, beaucoup sur le supérieur. Chez nous, c'est moins sur le primaire, beaucoup sur le secondaire et moins sur le supérieur

ToutEduc : Quels sont les autres leviers du changement ?

Benoist Apparu : C'est d'abord l'autonomie des établissements. Là où la réforme actuelle prévoit 20 % d'autonomie, nous voulons 100 % pour la gestion de la DGH (dotation horaire globale). Elle sera annualisée et globalisée. Le principal et le "Conseil éducatif d'établissement" pourront par exemple décider que les 6ème auront 7h de maths pendant un semestre, et trois seulement ensuite, ou que seront prélevés les moyens d'aider une quinzaine d'élèves en difficulté qui sont en groupes de 5 pendant 5h par semaine, quitte à ce que les autres groupes comptent 35 élèves... L'établissement fait ce qu'il veut de ses moyens. »

 

 

 

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