«Je suis un pédagogiste»

Il a osé lui aussi ! A l'instar de Laurence De Cock dans son domaine socio-historique, Philippe Watrelot n'hésite pas à défier crânement ceux qui le provoquent dans son domaine à lui – la pédagogie – en reprenant à son compte dans son dernier livre l'expression dont ils entendent le stigmatiser : «pédagogiste !»

Et Philippe Watrelot s'en explique clairement dès le début de son Introduction : « Face à un terme disqualifiant, deux réponses sont possibles : réfuter les arguments et déconstruire les idées fausses derrière cette étiquette ; ''retourner le stigmate'', c'est à dire en faire un motif de fierté. Ce mécanisme a souvent été utilisé avec succès par le passé. Ainsi ''intellectuel'' était au départ un terme très péjoratif  forgé par les antidreyfusards. C'est pourquoi, à l'heure où les discours sont de plus en plus virulents et agressifs, j'écris ce livre pour revendiquer avec fierté ; oui, je suis un pédagogiste »

Il ne s'agit donc pas pour lui de s'expliquer pour se ''justifier''' (dans une attitude finalement ''défensive''), mais de ''faire le point '' sur les sujets pédagogiques les plus sensibles afin de « gommer les clichés » (de façon ''offensive'') car il s'agit de rien moins que de « construire une meilleure école'' (comme le souligne le sous-titre de son livre). 

Bon nombre des chapitres du livre ont des titres délibérément  provocateurs ou au moins évocateurs : « L'invention  du pédagogisme », « 67 millions de spécialistes de l'Ecole », « Les pédagogistes sont-ils les ''idiots utiles'' du libéralisme'' ? », « Les pédagogistes sont-ils laxistes ? », « Les pédagogistes et le pouvoir »

Puis on a un chapitre fort bien venu : « Métier professeur » aux sous-titres significatifs : « Scolarovirus », « Des changements à bas bruit et des raisons d'espérer », « La marge et la page », « Distinguer le discours et les actes », « (re)définir le métier d'enseignant », « Des enseignants qui apprennent, ce sont des élèves qui réussissent »

Suivent deux chapitres de diagnostics incontournables dans la situation actuelle : « L'Ecole de Blanquer » et « Penser l'Ecole d'après ? La panser d'abord ! »

Puis deux chapitres qui vont à l'essentiel : « Qu'enseigner demain ? » et « La lutte contre les inégalités n'est pas une utopie, mais une nécessité »

En guise de conclusion, excusez du peu : une « Lettre à un.e candidat.e à l'élection présidentielle ».  A l'évidence, on n'est pas dans l' « (auto)justification » (''défensive' ) mais dans la projection vers l'avenir (''offensive'')

Philippe Watrelot, « Je suis un pédagogiste. Gommer les clichés, pour construire une meilleure école », ESF sciences humaines, 191 pages  

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