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Billet de blog 16 décembre 2009

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Quid des devoirs interdits ?

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S’inquiète-t-on vraiment de ce qu’ils doivent être, alors même qu’ils sont - en principe - interdits depuis longtemps ( du moins à l’écrit ) à l'école primaire ?

Une enquête récente menée dans l’enseignement primaire par le professeur Patrick Rayou a fait apparaître que l’on donne avant tout du travail à la maison parce que c’est l’usage, ou parce que certains parents d’élèves en réclament. Mais les objectifs précis de cette pratique semblent faire l’objet de peu d’interrogations. Une autre enquête, celle de Florent Begog, datant de 2002, a montré que la forme du travail demandé à la maison évolue au fil des classes . La lecture, majoritaire au CP, est complétée dès le CE1 par des tâches écrites qui se diversifient en CE2 ( à savoir opérations, grammaire , vocabulaire ). Et cela aboutit en CM2 à des travaux écrits tels que des rédactions écrites, voire des préparations d’exposés. Cette enquête a établi que plus de la moitié des enseignants du primaire donnent des devoirs écrits. Or ils sont pourtant formellement interdits depuis longtemps.

Une circulaire ministérielle datant du 29 décembre 1956 souligne que " six heures de classe bien employées constituent un maximum au-delà duquel un supplément de travail soutenu ne peut qu’apporter une fatigue préjudiciable à la santé physique et à l’équilibre nerveux des enfants. Enfin, le travail écrit, fait hors de la présence du maître et dans des conditions matérielles et psychologiques souvent mauvaises, ne présente qu’un intérêt éducatif limité. En conséquence, aucun devoir écrit ne sera demandé aux élèves hors de la classe. Cette prescription a un caractère impératif".

Cette interdiction – en principe impérative - est réitérée plusieurs fois ; ce qui est un signe de son insuccès. Ainsi est-il prévu, en 1995, sous la houlette du ministre de l’Education nationale François Bayrou, qu’il y aura désormais deux heures hebdomadaires d’études dirigées incluses dans les horaires de classe. Et cela, afin, est-il dit, qu’" elles se substituent aux devoirs écrits à la maison, pour lutter contre les inégalités des situations familiales ", " les élèves n’ayant plus que des leçons à apprendre ". Mais tout cela restera, pour l’essentiel, lettre morte…

Que peut-on alors envisager ? Espérer, peut-être, que la raison puisse l’emporter un jour dans la mise en place de rythmes scolaires qui ne soient pas d’abord faits pour les adultes, mais qui soient de nature à optimiser les apprentissages des enfants. Avec, en particulier, des dispositifs d’aide aux leçons et aux devoirs assurés par l’institution scolaire elle-même, et non par les familles ou par des officines privées lucratives ( pour ceux qui peuvent se les payer ) ? En attendant, prendre acte que cela se fait malgré les interdictions répétées, et s’employer à ce que les enseignants choisissent mieux en connaissance de cause ce qu’ils demandent aux élèves en dehors de la classe ? Ils y ont été jusqu’ici peu préparés, parce que des instances officielles de formation ( voire d’inspection ) peuvent difficilement préparer à ce qui est officiellement interdit…

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