Les bombes ''éducatives'' de Juppé

La campagne pour la primaire à droite a commencé hier par les déclarations de Benoist Apparu devant l'Association des journalistes spécialisés en éducation. Nous assumons de lâcher des bombes n'a pas hésité à dire en substance le lieutenant d'Alain Juppé pour les affaires scolaires.

Première bombe: un transfert massif des moyens alloués aux enseignements secondaires vers les classes de maternelle et le cours préparatoire.  Il s'agit d'assurer une diminution sensible de leurs effectifs pour arriver à 14 élèves par classe au bout de quatre ans. Comme il n'est pas question d'augmenter le budget de l'enseignement secondaire, les moyens seront prélevés sur le second degré en diminuant le nombre d'heures de cours (plus élevé de 14% par rapport à la moyenne des pays de l'OCDE) et en particulier le nombre des options. Benoist Apparu et Alain Juppé n'ignorent pas les dangers politiques de cette opération, mais ils assument. 

Deuxième bombe: les établissements disposeraient fort  librement de leurs moyens. Il y aurait certes des ''planchers'' et des ''plafonds'' dans l'utilisation de la dotation globale horaire; mais il pourrait y avoir des variations horaires importantes dans son usage d'un établissement à l'autre ou d'une période à une autre. Par exemple 4 heures de mathématiques en sixième dans tel établissement et 6 heures dans un autre. Ou un programme intensif de mathématiques pendant un trimestre. Et ainsi de suite.  Là encore, Benoist Apparu précise qu'ils sont conscients des risques de conflit importants avec les enseignants, mais qu'ils sont déterminées à mettre en oeuvre ces dispositions.

Troisième bombe: la gouvernance des établissements. Selon Benoist Apparu, cette gouvernance doit être assurée par le chef d'établissement entouré d'un "comité de direction" composé d'un dizaine d'enseignants. Le chef d'établissment pourrait être désigné par le recteur parmi les candidats choisis par ce comité; mais il précise que c'est une idée qui a du mal à faire son chemin parmi les parlementaires de sa propre sensibilité politique..

The last but not the least, Alain Juppé lui -même, en visite aujourd'hui à Amiens pour le début effectif de sa campagne en vue de la primaire à droite, a déclaré au" Courrier Picard": "Il y a 3 ou 4 priorités. Un, faire reculer le chômage. Deux, la sécurité. Trois, les valeurs: qu'est-ce qu'être Français? Il faut répondre paisiblement à cette question". Paisiblement? On a vu ce que cela donnait encore récemment, notamment pour ce qui concerne l'établissement des programmes d'histoire... Cela promet. 

Il y a une vingtaine d'années, le même Alain Juppé a déclaré dans "Le Monde" du 24 mai 1995 (alors qu'il venait dêtre nommé Premier ministre par Jacques Chirac qui avait précisé le 6 mai qu'il fallait "revenir aux sources de notre système d'éducation et de formation, et réinventer en quelque sorte l'Ecole de la République"): "J'ai demandé au ministre de l'Education nationale d'organiser [...] une commission qui pilotera des états généraux de l'Education comme l'a demandé le président de la République. Au terme de cette réflexion, le ministre [à savoir François Bayrou] proposera les orientations qui lui paraîtront nécessaires. Lorsque l'accord le plus large sera trouvé autour d'un projet qui répondra aux attentes de la société, alors un référendum pourra être organisé".

Cela n'est jamais venu. Mais Alain Juppé et François Bayrou, vingt ans après, sont toujours sur le devant de la scène; en particulier pour ce qui concerne les ''affaires scolaires''....

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