Signe de l’importance qu’il lui accorde, le ministère vient de livrer une troisième mouture de son projet de décret renforçant le pouvoir des chefs d’établissement en matière d’évaluation. Un retour aux sources, et/ou un ‘’bonapartisme au petit pied’’ ?
Il faut savoir en effet que dans son œuvre de réorganisation de l’enseignement secondaire le Premier consul Napoléon Bonaparte a créé en 1802 les ‘’lycées’’ dominés par la forte autorité du ‘’proviseur’’ ( qui succédaient aux ‘’écoles centrales’’ issues de la Révolution françaises qui – elles - avaient une direction collective ), ainsi que les ‘’inspecteurs généraux’’ ( chargés de visiter les lycées tous les ans, afin d’examiner « toutes les parties de l’enseignement et de l’administration » et qui n’avaient alors aucune spécialité disciplinaire particulière ). Devenu Napoléon Ier, il a institué en outre, par le décret impérial du 17 mars 1808, les académies et leurs responsables : les recteurs, assistés d’inspecteurs d’académie.
Les professeurs de lycée sont inspectés par les inspecteurs généraux au moins tous les deux ans, souvent tous les ans ( lesquels font un rapport au ministre de l’Instruction publique ).  Ils reçoivent aussi ‘’la visite’’ du recteur et/ou d’un inspecteur d’académie au moins une fois par an. Tous les ans, les proviseurs ( pour les lycées ) et les principaux ( pour les collèges municipaux ) adressent une notice sur chacun de leurs professeurs, qui est complétées par les appréciations successives de l’inspecteur d’académie et du recteur ( et qui est envoyée finalement au ministre de l’Instruction publique ).
Avec le temps, ’’l’inspection’’ ( la ‘’surveillance’’ ? ) va être de plus en plus distante dans le temps et l’espace ( de plus en plus espacée dans le temps, et de moins en moins le fait des autorités administratives et/ou de ‘’proximité’’ ). Elle va aussi être de plus en plus ‘’spécialisée ( par la discipline et le grade ) et de moins en moins ‘’intrusive’’ ( les autorités de proximité ne pénétrant plus en principe dans les classes pour ‘’inspection’’, et les inspecteurs ‘’disciplinaires’’ prévenant nettement à l’avance de leur venue ).
Au début de la troisième République, la notice ( remplie par les Inspecteurs généraux ) « Renseignements confidentiels » cède la place à une fiche « Notes et propositions » avec comme critères : « 1) Conduite, caractère, considération personnelle ;2) Exactitude, zèle dans l’accomplissement des devoirs professionnels ;3) Aptitude pédagogique :a) discipline, autorité sur les élèves, usages des punitions ;b) enseignement : savoir, méthodes, qualités diverses, résultats obtenus ».
Au début de la troisième République également, dans les années 1880, la visite globale par les inspecteurs généraux cède le pas à une visite essentiellement dans la classe, ce qui amène la spécialisation disciplinaire en trois groupes : lettres, sciences, langues vivantes. Et à partir de la fin du XIXème siècle, le mouvement fédératif des professeurs de lycée dénonce le jugement de membres de l’administration qui ne peuvent être compétents dans d’autres disciplines que la leur. Il lui est donné assez vite raison sous la troisième République.
L’attachement des agrégés à ne pas subir d’inspection de la part de non agrégés explique qu’en 1964 on ait décidé de ne recruter les Inspecteurs pédagogiques régionaux ( nouvellement créés ) que parmi les agrégés. Enfin, depuis le ministère  d’Alain Savary, en 1983, l’inspection ne doit plus être inopinée.
Ce mouvement général ne s’est pas fait sans mal, sans à coups et tout d’un coup. Mais les professeurs tiennent à ces ‘’acquis’’ et ne peuvent que voir d’un très mauvais œil tout ce qui ( de loin ou de près )  ne peut leur apparaître que comme un retour en arrière et une menace sur leurs ‘’libertés ’’  ( quelque forme ‘’nouvelle’’ que cela puisse prendre ). 

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