On vient de l’apprendre : 800 000 élèves étaient inscrits l'an dernier au diplôme national du brevet, 780 000 candidats se sont effectivement présentés à l’examen, près de 85 % d'entre eux l'ont réussi. Fort bien ?

Le « Diplôme national du brevet » actuel est le résultat d’une histoire foncièrement compliquée et embarrassée ( d’où les multiples appellations et formes du « brevet » qui se sont succédées au cours du temps ), une histoire qui s’est davantage encore ‘’emballée’’ ces dernières années au point que l’on a abouti à un montage tout à fait composite et intenable où différentes ‘’strates’’ se juxtaposent sans se conjuguer.

A u XIXème siècle, le « brevet » est d’abord et avant tout un « brevet de capacité » qui certifie que l’on est «  en capacité » de devenir maître ( ou maîtresse ) d’école, et plus généralement un examen qui est  parfois requis ( directement ou indirectement ) pour être « en capacité » d’exercer certains métiers appartenant à ce que l’on appellerait maintenant la sphère des cadres ‘’intermédiaires’’ ( mais non ‘’supérieurs’’ ) que l’on n’hésitait pas alors à désigner sous les fortes métaphores de « sous-officiers de l’armée du travail » ( les « officiers » devant posséder - si possible - le « baccalauréat »,  détenu alors par moins de 2% d’une classe d’âge ; et les « hommes de troupe » disposant – au mieux – du « certificat de fin d’études primaires » généralisé par Jules Ferry et  que l’on passait à l’âge de 12-13 ans, puis de 13-14 ans à partir du Front populaire ).

Au cours du temps, le lien du « brevet » avec l’accès à certaines professions s’est  nettement distendu. En 1947, dès le début de la forte augmentation du taux de scolarisation dans l’enseignement secondaire qui commence sous la Quatrième République, le « brevet » est transformé en « brevet d’études du premier cycle du second degré » ( BEPC), son appellation nouvelle signant ce qu’il est devenu avant tout , à savoir un examen qui scande un cursus scolaire - celui du secondaire - désormais clairement constitué de deux ‘’’cycles’’. Mais ce n’est nullement une condition pour passer en classe de seconde. C’est tellement vrai que l’on peut avoir la disposition inverse : ainsi, il est décidé en 1978 que les élèves ayant fait l’objet d’une orientation vers le second cycle de l’enseignement secondaire n’ont pas besoin de passer les épreuves du brevet pour l’obtenir.
A partir de 1981, le diplôme - désormais intitulé « brevet des collèges » - est attribué sans examen, au vu des seuls résultats scolaires.
En 1986, un « examen écrit » ( en mathématiques, français, histoire-géographie-éducation civique ) est réintroduit par le ministre de l’Education Jean-Pierre Chevènement avec le triple objectif annoncé de « revaloriser le diplôme », de « motiver » davantage les élèves, et de les « préparer » à aborder des examens ultérieurement.. Lors de sa première mouture, le taux de reçus ne dépasse pas 49%.
En 1988, pour l’essentiel sur cette base, le « diplôme national du brevet » est créé avec trois séries ( collège, technologiques et professionnelles ). En 2001, prise en compte d’options facultatives. En 2006, s’ajoute l’option « découverte professionnelle ». En 2007, ajout de la note de vie scolaire ; le « contrôle continu » ne porte que sur les notes de troisième et le sujet du brevet devient national ( auparavant, il y avait des sujets différents par région ; ils sont désormais nationaux, mais les barèmes de correction restent définis localement ). En 2008, l’obtention du brevet est aussi conditionnée par celle du Brevet informatique et internet ( B2I ) et du niveau A2  ( du Cadre européen de références pour les langues ) dans une langue vivante. En 2010, une nouvelle option est ajoutée : l’histoire des arts ( une épreuve orale devant un jury de 2 à 3 personnes, dont un professeur d’art plastique ou de musique ).
Depuis l’année 2012, « l’attestation de maîtrise des connaissances et des compétences du socle commun au palier 3 » ( qui correspond à la fin de la classe de troisième ) est obligatoire. Cette attestation est renseignée dès la classe de quatrième par les professeurs principaux, après concertation avec les équipes pédagogiques lors d’un conseil de classe ou à tout moment approprié. En classe de troisième, lors du conseil de classe du troisième trimestre, le chef d’établissement valide ou non l’acquisition du socle commun. Fermez le ban !

On ajoutera que, selon l’étude de la Depp fondée sur les résultats de la dernière session, de fortes inégalités entre filières persistent : 66% de réussite seulement au DNB professionnel, 79% en technologique ( contre 85% en moyenne, toutes séries confondues ). De même, « le succès au DNB est fortement marqué par l’origine sociale des élèves : les enfants issus de milieu très favorisé obtiennent le brevet à 95,5 % contre 75,3 % seulement des élèves issus d’un milieu défavorisé. De même, les chances d’obtenir une mention "bien" ou "très bien" varient de 1 à 2,5 suivant le milieu social ».

 Tout cela pour qui ? Pour quoi ? Le « diplôme national du brevet » est  in fine un diplôme dont la valeur et le sens ( compte tenu des ajouts incessants accumulés sans être véritablement conjugués ou ‘’synthétisés’’ ) sont vraiment des plus problématiques.

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Tous les commentaires

Je crois bien que les "initiés" (professionnels de l'enseignements + parents de jeunes qui passent actuellement le brevet) pourraient nous éclairer avec plus d'objectivité.

- Le principe d'un niveau "national" voire européen bien organisé me paraît intéressant: motivant d'une part et garant (s'il est de bonne foi) d'un niveau minimum.

- Par ailleurs, je sais bien que les statistiques sont des "objectifs commerciaux", c.à.d. qu'on arrive au % voulu... d'une manière ou d'une autre ;-)

En conclusion, c'est la bonne foi qui prime!