La suppression de l'ENA: un ''excès d'honneur et d'indignité''?

Cet excès d'honneur et d'indignité est arrivé aussi aux Jésuites, ce qui a pu en faire des «boucs émissaires» commodes à certains moments de notre histoire.

Sous l'Ancien Régime en particulier, les ''Jésuites'' ont pu être, eux aussi, les conseillers privilégiés des puissants (et de la royauté en particulier); et c'est finalement un roi en principe ''très chrétien'' (Louis XV) qui a signé leur expulsion de France en 1764.

Le piquant est que celui qui ordonnerait la suppression de l'ENA si l'on en croit la presse - Emmanuel Macron - est non seulement un ancien énarque mais aussi un ancien élève du ''collège jésuite La Providence'' d'Amiens. Un cumulard et un connaisseur en l'espèce s'il en est.

Mais peut-être ne sait-il pas quel a été le sens originel dévolu à la création d'une telle école, créée effectivement à la Libération par Michel Debré et Charles de Gaulle, mais conçue d'abord au moment du Front populaire par Jean Zay dans l'intention fondamentale de tenter d'éviter au mieux le népotisme dans le recrutement des très hauts fonctionnaires.

Avant la question de la démocratisation du recrutement des hauts fonctionnaires (et de leur capacité d'écoute) , il y a d'abord celle de limiter au maximum le népotisme. Il ne faudrait pas l'oublier au moment d'envisager la suppression de l'ENA: quelles garanties offrir à ce sujet dans ce qui serait mis en place, à sa place?

Bien sûr, beaucoup a été dit sur les limites de cette école, et non sans raison. Mais il y a manifestement un ''excès d'honneur et d'indignité'' à en faire la responsable essentielle des dysfonctionnements que l'on peut constater. Cela relève plus de la commodité  politicienne que d'une grande politique refondatrice d'avenir. La politique du ''bouc émissaire'' ne grandit pas celui qui la mettrait en oeuvre; d'autant qu'il ne serait pas à la place éminente nécessaire pour la mener s'il n'était pas passé par un collège jésuite et surtout l'ENA. Un ''excès d'honneur et d'indignité''' avez-vous dit? Mais pour qui finalement?

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