Le dernier mot à l'élève?

La Commission du Sénat qui a examiné le projet de loi sur la « refondation de l’Ecole » a adopté un amendement en vue de donner désormais le dernier  mot  aux parents d’élèves quant à l’orientation de leurs enfants.  

La Commission du Sénat qui a examiné le projet de loi sur la « refondation de l’Ecole » a adopté un amendement en vue de donner désormais le dernier  mot  aux parents d’élèves quant à l’orientation de leurs enfants.  

Cet amendement  devrait faire  pour le moins quelque bruit lors de la discussion du projet de loi de refondation de l’Ecole au Sénat la semaine prochaine . Car c’est un vieux débat  historique, qui a même donné lieu - au plus haut sommet de l’Etat  - à un long affrontement ( certes feutré mais intense ) entre le Président de la République Charles de Gaulle et son Premier ministre Georges Pompidou.

Plusieurs conseils restreints auront lieu sur ce sujet depuis 1963 ( date de la création des collèges d’enseignement secondaire ) jusqu’en 1967.
Le général de Gaulle est on ne peut plus clair sur sa position dans son intervention au Conseil restreint du 26 mai 1966, entièrement consacré au problème de l'orientation : « Il doit y avoir une orientation individuelle en fonction des aptitudes et une orientation collective au mieux des intérêts de la société. Il s’agit de concilier les deux […] . La première est l’appréciation des maîtres sur les capacités des enfants qu’ils sont les seuls à connaître. La seconde est l’appréciation par l’Etat des besoins de différentes branches d’activité de la nation, en nombre et en qualité suffisants même si les enfants et les parents sont d’un autre avis […] Je suis donc favorable à un service de l’orientation ».
Mais pas de n’importe quel service de l’orientation, comme le président de la République Charles de Gaulle le précise lors du Conseil restreint du 14 novembre 1967, notamment à propos du corps d’orientateurs à mettre en place : « Comment les choisir ? Il faut éviter de se laisser entortiller par des psychanalystes et autres fumistes, qui créeront un prurit d’agitation dans l’orientation […]. Il faut que l’essentiel, le critérium du choix et de la carrière de ces orientateurs soit dans le décret. On s’apercevra vite qu’ils seront essentiel, dans l’orientation. Tout le monde se dégonflera, excepté eux ».
Et , toujours à l’occasion de ce même Conseil restreint du 14 novembre, Charles de Gaulle ne cache pas son impatience voire son agacement devant les atermoiements et la ‘’course de lenteur’’ engagés notamment par son Premier ministre : « Il s’agit d’aboutir, pour cette histoire d’orientation, qu’elle ait lieu, qu’elle se fasse […]. On a pris des décisions. Mais jusqu’à présent, il n’y pas eu de mise en forme. Dans une pareille matière, c’est moi qui signe le décret. Va-t-on maintenant y arriver ? »

C’est que son Premier ministre, Georges Pompidou est d’un tout autre avis, et partage une toute autre philosophie’’ en la matière. Dans un entretien avec Jacques Narbonne ( conseiller spécial du Président de la République Charles de Gaulle ) il n’hésite même pas à livrer le fond de sa pensée : « Ce n’est pas moi qui encasarnerai la jeunesse française[…]. Le sort des enfants est l’affaire des familles…et des enfants eux-mêmes » ( « De Gaulle et l’éducation », Denoël, 1994, p  91).

In fine le nouveau ministre de l’Education nationale Alain Peyrefitte introduit des procédures d’appel qui font qu’un compromis est de fait passé entre le Premier ministre et le président de la République qui accepte que finalement dans le décret, il soit dit que les conseils d’orientation de l’enseignement secondaire «  se prononcent » et non pas « décident ».

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