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Billet de blog 17 sept. 2022

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La nouvelle lettre aux professeurs de Macron se rapproche de celle de Sarkozy

La lettre qu'Emmanuel Macron vient d'adresser aux « professeurs et personnels de l'Education nationale » ressemble plus à celle envoyée par Nicolas Sarkozy il y a quinze ans aux « éducateurs » qu'à celle qu'il avait envoyée il y a cinq ans aux « enseignants »

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Depuis l'élection de Nicolas Sarkozy, on a droit lors de la première rentrée scolaire de chaque quinquennat (à l'exception de la présidence de François Hollande) à une lettre adressée directement en priorité aux enseignants.

La « lettre aux éducateurs » envoyée le 5 septembre 2007 par Nicolas Sarkozy, un président de la République, était sans précédent. Elle fut fort longue et diverse. Mais elle comportait un point central qui est de fait largement repris dans la lettre adressée en cette rentrée par le président de la République Emmanuel Macron aux « professeurs et personnels de l'Education nationale.  ».

Le principal passage en l'occurrence vaut d'être cité in extenso  « Jadis l'instituteur, le professeur avaient une place reconnue dans la société parce que la République était fière de son école et de ceux auxquels elle en avait confié la charge. Dans l'école de demain vous serez mieux rémunérés, mieux considérés et à rebours de l'égalitarisme qui a trop longtemps prévalu, vous gagnerez plus, vous progresserez plus rapidement si vous choisissez de travailler et de vous investir davantage. Vous pourrez choisir la pédagogie qui vous semblera la mieux adaptée à vos élèves parce que je crois qu'il faut faire confiance aux enseignants, à leur capacité de jugement, parce qu'ils sont les mieux placés pour décider de ce qui est bon pour leurs élèves. Les établissements dans lesquels vous enseignerez auront une plus grande autonomie dans le choix de leur projet, de leur orientation. Je souhaite faire de la revalorisation du métier d'enseignant l'une des priorités de mon quinquennat parce qu'elle est le corollaire de la rénovation de l'école et de la refondation de notre éducation »

Dans sa « Lettre aux enseignants » de la rentrée 2017, le président de la République Emmanuel Macron ne s'était nullement focalisé sur ce point. Ce n'est plus le cas dans la lettre qu'il vient d'envoyer en cette rentrée 2022. Passage in extenso aussi, pour comparer, pièces en main.

« Nous voulons une école où chaque professeur se sente reconnu. Le ministre entamera prochainement les concertations avec les organisations syndicales afin de poursuivre la revalorisation générale de la rémunération des enseignants initiée il y a deux ans. Il s’agit d’un investissement massif pour la Nation, que nous assumons. Le salaire des enseignants aura ainsi augmenté d’environ 10% et aucun professeur ne débutera sa carrière à moins de 2 000 euros nets à compter de la rentrée 2023. À cette revalorisation générale et inconditionnelle sont susceptibles de s’ajouter des augmentations plus importantes encore dans le cadre du pacte que nous vous proposons. Tous les enseignants qui le souhaitent pourront en effet s’engager dans des missions supplémentaires, par exemple du remplacement, du suivi individualisé, de l’accompagnement à l’orientation ou à l’insertion professionnelle ou des tâches de coordination. Ce travail, que beaucoup d’entre vous accomplissent déjà, sera désormais reconnu et rémunéré. L’augmentation du salaire des enseignants qui accepteront ce pacte pourra ainsi aller jusqu’à 20%. Transformer notre école se fera avec celles et ceux qui la font vivre au quotidien, au plus près des élèves. Tout ne doit plus venir de Paris sous forme de circulaires et de directives. Nous devons permettre aux équipes et aux professeurs de retrouver des marges de manœuvre. Je vous fais toute confiance : c’est vous qui connaissez le mieux vos élèves et leurs besoins, c’est donc vous qui savez le mieux comment les faire réussir.

Aussi, dès le mois d’octobre, nous lancerons partout en France ce chantier de la refondation de l’école en proposant à chaque école, chaque collège, chaque lycée qui le souhaite de bâtir un projet qui lui est propre en mettant tout le monde autour de la table, les chefs d’établissements, les directeurs d’écoles, les enseignants et toute la communauté éducative, les parents d’élèves, les élèves, les partenaires associatifs ou économiques, et les élus des collectivités territoriales. »

Une dernière remarque à ce sujet, mais c'est loin d'être un « détail ».  La lettre du président de la République Nicolas Sarkozy s'adressait (lui aussi, mais clairement) à l'ensemble des « éducateurs », il y a tout jute 15 ans : « La refondation de notre éducation, ne pourra être accomplie qu'avec le concours de tous les éducateurs. La volonté politique ne peut suffire à elle seule. C'est pourquoi je m'adresse à vous […]. Il faut pour que nous réussissions que chacun d'entre vous se fasse un devoir de travailler avec les autres. Entre le père, la mère, le professeur, le juge, le policier, l'éducateur social, et tous ceux qui sont en contact avec l'enfant dans le milieu sportif, culturel, associatif, l'intérêt de l'enfant doit l'emporter sur toutes autres considérations »

Le président de la République Emmanuel Macron va-t-il encore plus loin en l'occurrence ? C'est ce qu'il affirme en conclusion de sa Lettre : « Partir du terrain pour rénover notre école : c’est, en quelque sorte, par rapport aux réformes engagées jusque-là, une révolution copernicienne que je vous propose ».

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