Le politique et les «méthodes de lecture»

Samedi dernier, Najat Vallaud Belkacem a déclaré ne pas vouloir «d'une méthode officielle». Et la ministre de l'Education nationale a annoncé « un effort conséquent en 2015 pour la formation continue ».

Samedi dernier, Najat Vallaud Belkacem a déclaré ne pas vouloir «d'une méthode officielle». Et la ministre de l'Education nationale a annoncé « un effort conséquent en 2015 pour la formation continue ».

Dans « Le Monde » de jeudi dernier, Maryline Baumard avait rappelé l'épisode de 2005-2007 (où le ministre de l'Education nationale Gilles de Robien s'était mêlé malencontreusement de « méthodes de lecture ») pour mettre en garde contre l'intervention du politique dans certains domaines (« l'évaluation » en l'occurrence ; même si, comme j'ai pu le soutenir dans un billet posté vendredi dernier sur « Educpros », « l'évaluation » est une question qui a – elle - des dimensions directement  politiques incontournables).

Il n'en reste pas moins que cet épisode historique vaut le détour et le rappel. Alain Gest, un député UMP de la Somme (département où Gilles de Robien était député-maire d'Amiens avant d'être ministre) pose le 23 novembre 2005 à l'Assemblée nationale une question au gouvernement sur les méthodes d'apprentissage de la lecture qui donne l'occasion au ministre de faire ses premières déclarations publiques sur le sujet : « l'apprentissage de la lecture doit commencer par la reconnaissance des sons qui forment une syllabe pour ensuite former un mot et, enfin, donner l'accès au plaisir de lire ».

Le 7 décembre 2005, dans une nouvelle intervention à l'Assemblée nationale, le ministre de l'Education nationale Gilles de Robien invoque le secours des neurosciences  à l'appui de sa position : « les spécialistes des neurosciences expliquent que le cerveau est constitué de telle façon que c'est avec les méthodes syllabiques que l'on apprend le mieux à lire ».

Hélas, trois fois hélas, le cognitiviste Franck Ramus fait publier dans « Le Monde de l'éducation » de mars 2006 un texte approuvé par la plupart des scientifiques qui ont été évoqués par Gilles de Robien pour le soutien de sa cause : « Dans le débat sur ''les méthodes de lecture'', la science a bon dos. Invoquée à la fois par le ministre de l'Education nationale et par ses opposants, elle semble se plier aux différents points de vue ». Suit une clarification qui met en cause nettement certaines affirmations du ministre et la simplification (voire le simplisme) de certains discours (''politiques'' ou non) en la matière.

Dans le camp de la droite, le climat n'est pas non plus au soutien sans faille du ministre de l'Education nationale Gilles de Robien sur cette question, loin s'en faut. Dès décembre 2005, Xavier Darcos formule de sérieux doutes sur l'immixtion du ministre dans la pratique pédagogique des enseignants. Le 13 février 2006, dans « Libération », François Fillon est catégorique : « outre que cette querelle est tranchée depuis longtemps, c'est selon moi contraire à la liberté pédagogique ». Le nouveau programme de l'UMP, dont l'élaboration a été suivie de très près par Nicolas Sarkozy, est lui aussi très net : « Nous refusons d'entrer dans la question de savoir si c'est par des méthodes répétitives, participatives, ludiques ou autres que les enfants apprennent le mieux. Nous pensons que chaque enfant est différent et que les personnes les mieux placées pour savoir ce qui est bon pour lui sont ses enseignants et sa famille. Les programmes seront bien sûrs nationaux. Mais les enseignants auront le choix des méthodes car aucune circulaire administrative ne remplace l'expérience de 10 ou 20 ans d'enseignement. Nous évaluerons les enseignants sur les progès de leurs élèves et non pas sur les méthodes utilisées ».

In fine (beaucoup de bruit et de troubles pour rien?), la circulaire ministérielle publiée le 3 janvier 2007 ( sous le ministère de Gilles de Robien) ne change pas grand chose à ce qui était préconisé jusque là...

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