Guerres de «religion» ?

Il faut faire très attention à cette terminologie qui a servi dans notre histoire de France à désigner une longue période d'affrontements et de massacres (alors même que la dimension ''religieuse'' se combinait avec bien d'autres) ; une désignation qui ne va nullement de soi pour le passé et a fortiori pour notre présent (en France, mais aussi au Moyen Orient). Les mots ont leur importance ; et plus que jamais lorsqu'il y a affrontements et tueries.

Il faut faire très attention à cette terminologie qui a servi dans notre histoire de France à désigner une longue période d'affrontements et de massacres (alors même que la dimension ''religieuse'' se combinait avec bien d'autres) ; une désignation qui ne va nullement de soi pour le passé et a fortiori pour notre présent (en France, mais aussi au Moyen Orient). Les mots ont leur importance ; et plus que jamais lorsqu'il y a affrontements et tueries.

De 1562 à 1598, trente-six années de guerres civiles (dites ''guerres de religion'') ont eu lieu en France. Et les différentes parties qui se sont affrontées ont rivalisé de cruautés, d'exécutions massives, de supplices. Le baron des Adrets chez les protestants et Blaise de Montluc du côté catholique sont restés célèbres pour leurs exploits horribles (et ont figuré longtemps dans les manuels d'histoire de la communale pour dénoncer l'horreur et la violence des ''guerres de religion''). Ce sont pourtant des guerres aux multiples dimensions et déterminations.

Différents camps politiques tentent de s’imposer alors. Trois grands clans nobiliaires, tous liés par divers liens familiaux, s'opposent : les Montmorency, les Guise, les Bourbon . Dès 1562, la politique est liée étroitement aux affaires religieuses. Les catholiques ''intransigeants'', qui ont à leur tête le duc François de Guise et le connétable Anne de Montmorency, demandent l'aide de l'Espagne, tandis que les protestants sollicitent Elisabeth d'Angleterre, qui en profite pour s'emparer du Havre.

Des pays voisins poursuivent un jeu complexe intéressé. La reine d'Angleterre intervient effectivement en faveur des protestants et le roi d'Espagne en soutenant le clan des Guise. Pendant les guerres de ''religion'', la France est ainsi divisée par des rassemblements antagonistes soutenus financièrement et militairement par des pays étrangers. Durant les années 1580, on peut même penser que la France est un terrain de combat où s'affrontent l'Espagne et l'Angleterre par partis interposés.

Certains des pays limitrophes de la France ont d'ailleurs des ambitions territoriales. L'Angleterre espère recouvrer la ville de Calais qu'elle a perdue en 1588 . L'Espagne entend récupérer la partie septentrionale de la Navarre. La Savoie, alliée à l'Espagne, cherche à reprendre les places italiennes occupées par la France depuis les guerres d'Italie. Par ailleurs la guerre aux Pays-Bas espagnols se répercute automatiquement sur les conflits français et vice versa.

Certes, « comparaison n'est pas raison ». Mais toute ressemblance avec ce qui se passe au Moyen Orient actuellement ne saurait être purement fortuite...

Enfin, même si une certaine historiographie relativement récente a tenu à mettre en évidence les causes proprement religieuses des guerres de ''religion'' (à l'instar de l'historien Denis Crouzet, Les Guerriers de Dieu, Champ Vallon, 1990), l'historien William Cavenaugh, dans son livre sur le « Mythe de la violence religieuse » paru en 2009, a montré de façon décisive combien la dimension « religieuse » des guerres du XVIe siècle avait été instrumentalisée par les historiens et les politiques des siècles suivants.

L'étude méthodique de l'histoire du mot « religion » menée par William Cavenaugh a mis en évidence que le terme n'apparaît en fait dans son acception actuelle qu'après le XVIIe siècle. Les conflits que nous qualifions aujourd'hui de « religieux » sont, au XVIe siècle, essentiellement d'ordre politique car le contenu théologique des oppositions reste secondaire par rapport aux intérêts politiques ou sociaux. Et l'historien William Cavenaugh en est arrivé à soutenir que, dès le XVIIe siècle (mais plus encore à partir du XVIIIe ). la référence ''religieuse'' pour caractériser telle ou telle partie prenante des affrontements violents en cause construit le mythe d'une violence ''religieuse'' que le politique a charge de contenir, ce qui permet de légitimer la puissance de l'État moderne (William Cavanaugh, The Myth of Religious Violence: Secular Ideology and the Roots of Modern Conflict, Oxford University Press, 2009).

A méditer en ces temps troublés.

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