Un mouvement national «éclair»?

Tous les enseignants, quelles que soient leurs académies d’affectation, pourront  désormais déposer leur candidature à un poste à profil vacant dans les établissements du second degré «ECLAIR». Ils seront ensuite recrutés par les recteurs après sélection des chefs d’établissement.

Tous les enseignants, quelles que soient leurs académies d’affectation, pourront  désormais déposer leur candidature à un poste à profil vacant dans les établissements du second degré «ECLAIR». Ils seront ensuite recrutés par les recteurs après sélection des chefs d’établissement.
Luc Chatel, outre cette annonce, a détaillé l’indemnité offerte aux enseignant ( des premiers et seconds degrés ) et aux personnels d’éducation participant  à ce programme ECLAIR ( Ecoles, collèges et lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite ) : une part fixe de 1156 euros ( versée mensuellement sur 12 mois ) et une part modulable versée en fin d’année scolaire « au regard de la participation et de l’engagement des intéressés » sur proposition de l’IEN  ( inspecteur dans le premier degré ) ou du chef d’établissement ( dans le second degré ) dans la limite d’un plafond de 2400 euros.
L’UMP, on le sait, voudrait généraliser ce rôle accru des chefs d’établissement  ( aussi bien dans le recrutement que dans la rémunération ( directement ou indirectement ) des enseignants. Si bien que ces dispositions renforcées du programme ‘’ECLAIR’’ apparaissent avant tout  ( en particulier aux yeux des syndicats d’enseignants ) comme un ‘’banc d’essai’’ à combattre résolument en tant que tel.
D’autant que la droite a déjà fait dans le passé des tentatives de cet ordre, même dans le premier degré.
Dans l’enseignement primaire on se souvient fort bien de la longue lutte qui a eu lieu en  1987 contre le projet et le décret de « maîtres-directeurs » portés par le ministre de l’Education nationale René Monory ( ancien industriel, ancien ministre de l’Industrie et du Commerce  ) qui avaient succédé à un projet de même nature -finalement avorté - d’un autre ministre de l’Education nationale en 1980 : Christian Beullac ( ancien responsable de haut niveau au ministère de l’Industrie, et ancien dirigeant de Renault ). On voit que Luc Chatel ( ancien cadre dirigeant de l’Oréal, spécialisé dans la gestion des ressources humaines ) fait bien partie de la même lignée…
Il s’agissait de créer un véritable corps distinct de « maîtres-directeurs » dans le primaire ; et, initialement de leur accorder un pouvoir de notation des instituteurs et d’instrument de limitation du droit de grève en les rendant responsables de l’accueil des élèves en la circonstance.  Le rejet a été massif, des ‘’coordinations’’ épaulant ( voire stimulant ) les réactions syndicales du SNI. Finalement un décret paraît en janvier 1988 ( amputé du pouvoir de notation ). Mais, sur sa lancée, le combat ne cesse pas. La gauche revient au pouvoir, et Lionel Jospin devenu ministre de l’Education nationale dépose à la mi septembre 1988 un décret qui abroge et remplace celui de René Monory. Aux « maîtres –directeurs »  créés par l'ancien ministre sont substitués des « directeurs d’école » dont le rôle est redéfini dans le sens d’un fonctionnement collégial de l’école, tandis que sont gommées les formulations jugées autoritaires ou attentatoires au droit de grève par les syndicats.
Pour ce qui concerne l’enseignement secondaire, les propositions du RPR ( l’ancêtre en quelque sorte de l’UMP ) rédigées sous la houlette de Michèle Alliot-Marie prévoyaient que « l’autonomie » dans l’enseignement secondaire devait se traduire par le renforcement du pouvoir des chefs d’établissements qui interviendraient dans la nomination des enseignants et verraient leur notation administrative prendre de la valeur. Le RPR veut en effet « redonner une signification » à la note administrative, et « récompenser les efforts des enseignants » par des avantages de carrière et rémunération tangibles.
Jacques Chirac, devenu Premier ministre à la suite des élections législatives du printemps 1986, souligne nettement ce dernier aspect au congrès de la Fédération des parents d’élèves de l’enseignement public ( PEEP ) le 24 avril 1986 : « La qualité de l’enseignement passe au premier chef par une meilleure appréciation des mérites individuels des maîtres qui ne peut se faire au travers des ordinateurs syndicaux ».
Le ministre de l’Education nationale René Monory, qui compare volontiers les proviseurs et les principaux de collège à des « chefs d’entreprise », veut certes leur donner une place à part dans l’institution scolaire et un statut social nouveau. Il prend son temps, car il peut négocier avec un syndicat de chefs d’établissement qui existe déjà, et qui est favorable, sinon à un renforcement du rôle du chef d’établissement vis à vis des enseignats, du moins à une plus forte reconnaissance. Finalement, échaudé par la lutte qu’il a du mener dans le primaire, René Monory se contente de mettre en place trois corps spécifiques de chefs d’établissement auxquels des concours nationaux doivent donner accès. Le renforcement du rôle direct des chefs d’établissement sur les enseignants passe ( momentanément ?, ) à la trappe.

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