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Billet de blog 18 mars 2019

Réforme Blanquer: vers un effacement de la voie royale «allemand, latin, maths»?

Cette voie royale scolaire empruntée par les initiés depuis un demi-siècle semble s'effriter via les valses hésitations qui ont eu lieu au niveau du collège et la nouvelle place dévolue aux mathématiques dans la réforme du lycée.

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A partir de la décision prise en 1968 de reporter en quatrième le début de l'enseignement du latin; et à partir de la montée en puissance des mathématiques (dites modernes) quasiment contemporaine de la mise en filières du lycée général décidée en 1965 (A,B,C,D, E) avec sa remarquable filière C (''mathématiques''), les parents d'élèves ''au parfum" ont compris quel était le parcours scolaire le plus distinctif : choisir successivement l'allemand en sixième, le latin en quatrième, et la filière dite ''mathématiques'' dans le second cycle du secondaire. Et toute mise en cause de ce dispositif semi-séculaire suscite de fortes réaction des ''intéressés'' (dans tous les sens du terme). D'où désormais la relative discrétion (ou l'euphémisation) qui enveloppe les changements plus ou moins envisagés en l'occurrence. Et pourtant, dans un débat démocratique, la clarté devrait être de mise...

A vrai dire, le premier tournant historique à ce sujet a eu lieu un siècle plus tôt, dès les premières années de la troisième République. On peut citer en particulier Michel Bréal, sémanticien et l'un des grands idéologues de l'école républicaine: "Notre intention n'est pas de faire des latinistes; le latin pour nous est un moyen. Nous voulons exercer l'intelligence des enfants par l'étude grammaticale de la langue [...] Le profit inestimable qui réside dans l’étude d’une langue morte, c’est qu’elle dépayse l’esprit et l’oblige à entrer dans une autre manière de penser et de parler. Chaque construction, chaque règle grammaticale qui s’éloigne de l’usage de notre langue, doit être pour l’élève une occasion de réfléchir.

Lorsqu'en 1968 le début de l'apprentissage du latin est reporté à la classe de quatrième, on peut comprendre ainsi que le choix de l'allemand (la seule langue à ''déclinaisons'' contrairement aux autres langues vivantes le plus souvent présentes dans le secondaire: l'anglais, l'espagnol, l'italien) s'impose ''par défaut'' comme ''ersatz'' du latin pour jouer sensiblement le même rôle.

Les professeurs d'allemand ou de lettres classiques peuvent certes faire valoir à juste titre que leurs enseignements ne se réduisent pas à cela (et même pour certains qu'ils s'efforcent de réduire cet aspect au maximum). Il n'en reste pas moins que l'on a là le premier enchaînement de l'épine dorsale de la ''voie royale'' distinguée et distinctive (et ce n'est pas par hasard que, bon an mal an, on a entre 20% et 25% des élèves qui font du latin dans le premier cycle et moins de 5% dans le second cycle du secondaire)

Car, ensuite, la'' voie royale'' se poursuit par le choix de la filière où il y a le plus de mathématiques: la filière ''C'' (''mathématiques'') à partir de 1965, la filière ''S'' à partir de 1992 ( la poursuite de l'ex- filière ''C '' élargie à l'ex-filière ''D'', ''sciences expérimentales'')

La mise en filières des lycées généraux et technologiques s'est faite dans le contexte de la montée en puissance des mathématiques dites ''modernes'', plus '''abstraites'' et surtout plus ''formelles'' que l'enseignement qui précédait en mathématiques; ce qui n'a pas été sans conséquences (une nouvelle fois ''distinctives'').

Les filières étaient présentées comme devant être un cadre fonctionnel pour une bonne orientation qui tienne compte des ''aptitudes'' et des ''goûts'' des élèves afin de les préparer, dans des cursus adaptés, à des sorties diversifiées du système scolaire. Mais elles ont été presque aussitôt hiérarchisées entre elles, les filières générales étant placées au-dessus des filières technologiques, et la filière ‘’C’’ (dite maths-sciences, rebaptisée depuis ‘’S’’) planant au-dessus des autres filières générales (‘’A’’, littéraire, rebaptisée ‘’L’’ ; et ‘’B’’, sciences économiques et sociales, ‘’SES’’).

La filière (''C'' ou ''S'') dominante a été convoitée bien au-delà de ce à quoi elle devait normalement (fonctionnellement) conduire, à savoir des orientations spécifiques requérant des capacités particulières dans le domaine mathématique et scientifique. Du fait de sa position dominante de filière d’excellence, elle a ouvert pratiquement à tout (et souvent en priorité ), ce qui a conduit à un certain nombre de dysfonctionnements en chaîne du système.

Dès 1983, le rapport sur les seconds cycles a souligné que « les études à dominante scientifique, détournées de leur finalité, servent en fait à définir une élite ». Depuis cette date, tous les rapports, tous les projets de réforme ont voulu « rééquilibrer les filières et les séries » en luttant contre la prééminence du baccalauréat ‘’scientifique’’ constitué en voie royale. En vain jusqu'ici.

La réforme du lycée engagée est en principe fondée sur l'effacement des filières (''ES'','' L'' et donc aussi '' S'') au profit de combinaisons d'options (dont les mathématiques, au même titre que onze autres matières; mais seulement sept d'entre elles seront assurées d'être présentes dans chaque établissement). Selon Jean-Michel Blanquer "les lignes sont en train de bouger" car les combinaisons seraient "impossibles à hiérarchiser" (contrairement aux trois filières précédentes avec la filière'' S'' en surplomb). Peut-être doit-on en accepter l'augure, encore que cela dépendra aussi du jeu réel des acteurs de toutes sortes (et il n'est pas impossble qu'il y ait de quasi reconstitutions de ''ligue dissoute'').

Mais il faut prendre en compte également qu'un autre personnage que le ministre de l'Education nationale est aussi en scène dans la recomposition actuelle, à savoir le mathématicien et député LRM Cédric Villani (un proche d'Emmanuel Macron ) bien décidé à ce qu'il y ait un enseignement de mathématiques d'un niveau nettement plus haut que celui que l'on a peu à peu accepté en ''S'' (où nombre d'élèves pouvaient obtenir ce baccalauréat en se contentant d'avoir de bonnes notes dans les autres disciplines que les mathématiques). La comparaison faite avec neuf autres pays européens des résultats des élèves de terminale ''S'' à 20 ans d'intervalle (en 1995 et en 2015) dans le cadre de l'enquête internationale ''Timss'' (Trends in International Mathematics and Sciences Study ) a montré que la France n'était pas bien placée (mais les comparaisons de pays à pays ont pu souffrir de biais non négligeables). Ils ont surtout montré une chute de plus d'une centaine de points en 20 ans, les scores moyens des élèves de terminale ''S'' passant de 569 en 1995 à 436 en 2015 pour les résultats en mathématiques. Cédric Vallini est on ne peut plus alerté sur ce point; et il reste plus que jamais en alerte...

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