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Billet de blog 18 mars 2021

L'absurdité des comparaisons public-privé des taux de reçus au bac

C'est encore venu sur le devant de la scène médiatique lors de la proclamation des résultats définitifs, par établissement, des taux de réussites au(x) baccalauréat(s). Et cela alors même qu'ils ont été plus que jamais très élevés.

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95% de reçus pour tous les bacs confondus : 97,9% pour les bacs généraux ; 94,8% pour les bacs technologiques ;  90,4% pour les bacs professionnels.
2063 établissements (sur 2320) ont atteint au moins le taux de 95% pour les bacs généraux ou technologiques.

Dans ces conditions, il est d'autant plus absurde de prétendre faire des comparaisons  fondées entre  le secteur public et le secteur privé que seuls 7% des élèves de terminale ont eu une scolarité uniquement dans le privé, 53% uniquement dans le public, et 40% dans le public puis le privé ou dans le privé puis le public.

Les deux tiers des élèves de  terminale se présentant au baccalauréat dans un établissement privé ont fréquenté auparavant (peu ou prou) le public ; et un tiers  des élèves  de terminales se présentant au baccalauréat dans un établissement public  ont  fréquenté auparavant (peu ou prou) le privé. Que dire alors de rigoureux quant aux comparaisons, surtout lorsque les écarts sont faibles en raison des taux très élevés de réussite ? Rien de sérieux ! Et pourtant, certains n'hésitent pas à  faire des comparaisons (généralement très ''orientées''), avec parfois  un luxe de ''détails'' tout à fait risible.

Par ailleurs on doit noter qu' « en regard de ces mouvements ''migratoires'' massifs et incessants entre les deux secteurs  public et privé sous contrat (dans les deux sens) les parts de marché respectifs du public et du privé apparaissent foncièrement stables dans le temps.
En effet, après la période de mise en place des établissements privés sous contrat (permise par la loi Debré de 1959), la part du privé aux différents niveaux d'enseignement est resté foncièrement stable depuis les années 1970, malgré quelques variations dans un sens ou dans l'autre, mais de faible ampleur (à un moment ou à un autre).

Durant la dernière période, de 1996 à 2018, la part du privé est restée quasiment inchangée dans le premier degré (préélémentaire : entre 12,2% et 13% ; élémentaire : entre 14,1% et 14,6%). On notera l'augmentation récente mais continue de la part du privé "hors contrat" ces dernières années dans le primaire: 0,4% en 2015, 0,5% en 2016, 0, 6% en 2017, 0, 7% en 2018.

Dans les lycées généraux ou technologiques, la part du privé a diminué de 1995 à 2001 (passant de 21% à 20%), pour remonter ensuite progressivement à presque 22% en 2011, puis redescendre jusqu'à 21% en 2018. Dans le second cycle professionnel, on a eu des oscillations de faibles ampleurs durant toute cette période  (entre 20% et 21,5%). En 2018:, la part du privé est de 20,2%

Les évolutions les plus marquées ont eu lieu au collège : une montée lente mais continue de la part du privé de 1995 à 2007, qui passe de 20% à 21,5%,  puis reste à peu près à cette hauteurs ensuite (21,6% en 2018) » (extraits de mon dernier livre qui vient de paraître aux éditions Odile Jacob : « L'école d'aujourd'hui à la lumière de l'histoire », page 290) 

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