La fin des recteurs?

La nomination à Reims d'un recteur ancien directeur de la PJJ est-elle une simple péripétie ou le signe renouvelé d'une mutation de l'Education '' nationale''?

Depuis leur institution par Napoléon I il y a plus d'un siècle, les recteurs devaient être issus du corps enseignant . Le 20 juillet dernier, il a été décidé que jusqu'à 20% des postes de recteur seraient désormais ouverts aux secrétaires généraux de l' Education nationale ou aux directeurs d'administration centrale.

Le premier d'entre eux, Philippe-Pierre Cabourdin, vient d'être nommé à Reims. Et il s'agit d'un ex-directeur de la protection judiciaire de la jeunesse ( une nomination hautement symbolique pour ceux qui pensent que la politique gouvernementale fait trop souvent prévaloir le sécuritaire sur l'éducatif, en particulier dans les établissements ''sensibles'', type ''CLAIR'' notamment.

Par delà l'aspect symbolique de cette première nomination effective hors du champ ''extra-ordinaire'' de l''encadrement administratif de l'Ecole ( par opposition aux autres encadrements administratifs de l'Etat ) voulu par Napoléon ( et ses principaux successeurs: François Guizot, Jules Ferry, Charles de Gaulle ), on notera l'argumentaire développé par l'un des seuls articles de la grande presse à avoir attiré l'attention sur la mutation en cours ( à savoir l'article avisé de Maryline Baumard intitulé "Recteurs et managers" dans "Le Monde" du 14 avril ). "L'idée d'une école unique, uniforme d'un bout à l'autre du pays a vécu. C'est au plus près du terrain que se décide et se dessine l'école". Suit une série de déclarations de recteurs allant dans ce sens et mettant en valeur que les ''grands'' recteurs savent mener une politique à eux ( voire même anticiper et "faire germer des politiques qui deviendront nationales" .

Mais s'il doit en être ainsi, et pour éviter des politiques académiques ( ou ''régionalisées'' ) par trop personnelles ( et le fait du ''prince'' local, le recteur ), ne vaudrai-il pas mieux mettre en place ce qui avait été prévu un temps dans le projet de décentralisation du gouvernement Raffarin, à savoir un établissement régional-académique ( contractualisant avec l'Etat ) doté dûment d'un conseil d'administration dont le président serait le recteur?

On peut même aller plus ''loin'' et penser qu'à l'instar des conseils d'administration des lycées agricoles, il vaudrait mieux que le président ne soit pas le recteur ( réduit alors à être le ''directeur'' chargé de mettre en application une politique régionale-académique, certes inscrite dans les très grandes lignes du minstèrede l'Education ''nationale'', mais décidée par le conseil d'aministration de l'académie ''régionalisée'' )?

Et, in fine, c'est Nicolas Sarkozy qui devrait alors être content; lui qui, en décembre 2000, proposait un référendum pour "régionaliser l'Education nationale" ( à l'exception des programmes et des processus de certification des enseignants ).

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.