«Les héritiers, les étudiants», 50 ans déjà!

Ce livre a été très remarqué dès sa parution en 1964 parce qu'il mettait en évidence l'importance de « l'héritage culturel » (jusqu'alors méconnue) dans la réussite des élèves. Certains l'ont accusé d'avoir ouvert la voie à un certain « fatalisme sociologique » parmi les acteurs de l'Ecole jusqu'à pervertir le système scolaire lui-même, ses attentes et ses valeurs.

Ce livre a été très remarqué dès sa parution en 1964 parce qu'il mettait en évidence l'importance de « l'héritage culturel » (jusqu'alors méconnue) dans la réussite des élèves. Certains l'ont accusé d'avoir ouvert la voie à un certain « fatalisme sociologique » parmi les acteurs de l'Ecole jusqu'à pervertir le système scolaire lui-même, ses attentes et ses valeurs.

Dans leur ouvrage « Les Héritiers, les étudiants et leurs études » paru il y a tout juste cinquante ans, les sociologues Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron proposent une analyse des inégalités sociales d’accès et de réussite à l’université, et plus largement à l’Ecole, qui privilégie les mécanismes de type culturel sur les simples contraintes économiques jusque là généralement mises en avant. Ils soutiennent que c’est « l’héritage culturel » qui s’avère être le plus décisif dans la réussite scolaire. Et cela est d’autant plus important que l’Ecole ignore cette diversité d’héritage culturel : elle se montre « indifférente aux différences ».

Face à un public socio-culturellement hétérogène, l'Ecole fonctionne beaucoup sur le sous-entendu et l’implicite culturels, qui ne sont en fait accessibles qu’aux seuls « héritiers ». Ceux-ci vont donc voir transformés en avantages scolaires les savoirs et savoir-être qu’ils tirent de leur milieu familial, alors que les élèves issus des milieux sociaux éloignés de l’institution scolaire ont beaucoup à apprendre, et doivent réaliser, pour réussir, une véritable acculturation.

Dans les « Héritiers » (sensiblement différent de leur second livre « La Reproduction » paru en 1970), Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron ouvrent la voie d’une possible réforme des contenus de l’Ecole et de la pédagogie. Selon eux, l’Ecole ne permet pas une véritable démocratisation parce qu’elle sélectionne sur des critères qui ne correspondent pas à ce qu’elle a explicitement enseigné ; mais ce serait possible si elle se mettait à sélectionner – clairement et explicitement – sur ce qu’elle enseigne effectivement. On est donc loin d'un « fatalisme sociologique » que certains leur attribuent sans appel.

D'ailleurs, même après la parution de « La Reproduction », le sociologue Pierre Bourdieu ne s'est lui-même pas montré '' fataliste'' du tout. Par exemple, c'est lui qui a suggéré à Jacques Attali, (conseiller spécial de François Mitterrand) une commande du président de la République d'un rapport sur le système scolaire au Collège de France et à Pierre Bourdieu lui-même faite le 13 février 1984 :« réfléchir à ce que pourraient être les principes fondamentaux de l’avenir  pour l'Ecole».

Et c'est Pierre Bourdieu lui-même qui a été le rédacteur de ce rapport (20 ans après les « Héritiers ») où l'on peut lire notamment : « Des programmes nationaux devraient définir le minimum culturel commun, c’est à dire le noyau de savoirs et de savoirs-faire fondamentaux et obligatoires que tous les citoyens devraient posséder […]. Cette formation élémentaire devrait mettre l’accent sur les savoirs fondamentaux qui sont la condition de l’acquisition de tous les autres savoirs, et sur la disposition à acquérir des savoirs ».

Cinquante après « les Héritiers », et trente ans après le rapport ''Bourdieu'' du Collège de France, on en est toujours là...

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