Ferry contre Marine Le Pen

Lundi, sur RMC, Marine Le Pen a prétendu que « la religion catholique n'a pas de signe ostentatoire [...] parce qu'elle a inventé en réalité la laïcité ». En contre, deux citations de Ferry (Jules, pas Luc) pour commencer.

Discours de Jules Ferry au Sénat le 10 juin 1881 :« Nous sommes institués pour défendre les droits de l'Etat contre un certain catholicisme, bien différent du catholicisme religieux, et que j'appellerai le catholicisme politique. Quant au catholicisme religieux, qui est une manifestation de la conscience d'une si grande partie de la population française, il a droit à notre protection […]. Oui , nous sommes entrés résolument dans la lutte anticléricale ; je l'ai dit et la majorité républicaine m' a acclamé quand j'ai tenu ce langage. Oui nous avons voulu la lutte anticléricale, mais la lutte antireligieuse, jamais, jamais »

Qu'est-ce à dire ? La « question laïque » est fondamentalement liée à l'institution même de la République. C'est ce que développe très nettement Jules Ferry dans son discours du 23 décembre 1880 à la Chambre des députés : « Il importe à la sécurité de l'avenir que la direction des écoles et la déclaration des doctrines qui s'y enseignent n'appartiennent pas aux prélats qui ont déclaré que la Révolution française est un déicide, qui ont proclamé comme l'éminent prélat que j'ai l'honneur de trouver devant moi [il s'agit de Monseigneur Freppel, le chef de file des députés catholiques] que les principes de 89 sont la négation du péché originel ».

Il est significatif que Paul de Cassagnac ait pu écrire en mars 1886 (dans le journal « L'Autorité ») qu' « il n'y avait eu jusqu'à présent en France qu'un prêtre assez abandonné du ciel et des hommes pour s'avouer républicain ». Comme l'a bien dit l'historienne Mona Ozouf, « l'espèce du ''républicain catholique'' est alors encore inconnue, et l'expression elle-même scandaleuse »

C'est en restant ferme sur ses principes politiques républicains (tout en veillant à ne pas verser dans la lutte antireligieuse) que l'Etat républicain de la troisième République contribuera à l'apparition puis à la propagation de ''l'espèce du républicain catholique''.

On notera que Jules Ferry s'est montré très ferme sur le plan directement politique, par exemple en plaçant les manuels d'histoire et d'instruction civique mis à l'index par l'Eglise de France à la fin des années 1880 parmi les manuels recommandés en annexe de sa célèbre lettre-circulaire aux instituteurs  cette fameuse lettre où il dit qu'il ne saurait être question de  « blesser la conscience des enfants ou des parents » : mais, dans l'esprit de Jules Ferry, cela ne s'applique qu'à l'enseignement de la morale, de la morale «  commune »).

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