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Billet de blog 18 nov. 2008

Un ministre de l'éducation bon démocrate?

Au moment où les syndicats d’enseignants du primaire comme du secondaire appellent à la grève pour ce jeudi 20 novembre, Xavier Darcos se pose en bon démocrate plutôt même qu’en bon ministre pour justifier les réformes contestées.

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Au moment où les syndicats d’enseignants du primaire comme du secondaire appellent à la grève pour ce jeudi 20 novembre, Xavier Darcos se pose en bon démocrate plutôt même qu’en bon ministre pour justifier les réformes contestées.

" Bien sûr, certains écrivent, protestent, défilent…Mais nous savons que, petit à petit, les réformes se mettent en place […] Je ne cogère pas, voilà. Ma fonction est d’accomplir le projet sur lequel nous avons été élus. Si je ne le faisais pas, je serais pire qu’un mauvais ministre : un mauvais démocrate " ( Xavier Darcos dans " Le Monde " du 8 novembre 2008 ).

On peut en effet soutenir que, dans une démocratie de type représentatif, le respect de la démocratie exige que l’on accomplisse autant que faire se peut le projet sur lequel on a été élu. " Le projet sur lequel nous avons été élus " dit Xavier Darcos. C’est à dire ( puisqu’il appartient à l’UMP et qu’il a été nommé par Nicolas Sarkozy ) foncièrement le projet législatif adopté par l’UMP en 2007 ( pour la législature de 2007-2012 ) dont l’élaboration avait été suivie de près par Nicolas Sarkozy d’une part ( alors qu’il en était le président très actif ) et par Xavier Darcos d’autre part pour la partie spécifiquement consacrée aux enseignements scolaires ( consignée in extenso en annexe de ce billet ).

Or on peut constater ( par des comparaison dûment menées ) que n’y figurent pas la plupart des réformes entreprises ( dont certaines avec beaucoup de précipitation ) par Xavier Darcos depuis son arrivée au ministère de l’Education nationale et contestées par la plupart des syndicats enseignants :

  • pas de réforme dite des nouveaux programmes du primaire ( le fameux ‘’retour aux fondamentaux’’ )
  • pas de suppression de la classe du samedi matin à l’Ecole primaire
  • pas de rapatriement de 3000 ‘’RASED’’ dans les classes des écoles primaires
  • pas de projets concernant l’accueil ou non des tout petits de 2-3 ans à l’école maternelle
  • pas de ‘’mastérisation ‘’ de la formation des enseignants et pas de modification de la nature des épreuves des concours pour devenir enseignants
  • pas de réforme ( modulaire ou non, semestrielle ou pas ) du lycée

Excusez du peu…Pour le reste, chacun appréciera où l’on en est dans la réalisation des 28 points qui étaient – eux – prévus ( en tenant compte, certes, que l’on n’en est qu’au premier tiers de la législature ).

Projet législatif adopté par l’UMP en 2007

(pour la législature de 2007-2012)

Éducation: le devoir de réussite

1) Affirmer que l’exigence pour tous dans les savoirs et la culture est la condition

de l’égalité des chances et la mettre en oeuvre.

2) Garantir la liberté pédagogique des enseignants en les évaluant sur les progrès

des élèves et non pas sur les méthodes utilisées.

3) Conforter l’autorité des enseignants.

4) Assurer la sécurité des établissements.

5) Donner de l’autonomie aux établissements scolaires pour leur permettre de

mettre en place de vrais projets d’établissement.

6) Donner plus de poids aux chefs d’établissements scolaires et revaloriser leur

statut.

7) Prévoir des règlements intérieurs plus rigoureux dans les établissements scolaires

et assurer la solennité de leur adoption.

8) Proposer aux enseignants de nouvelles missions et les rémunérer en conséquence

: études dirigées, présence dans les établissements, soutien individualisé…

9) Adapter la scolarité aux besoins de chaque enfant au collège par l’individualisation

des parcours.

10) Organiser des études dirigées dans tous les établissements après 16h30 pour

les familles qui le souhaitent.

11) Évaluer chaque établissement par un organisme indépendant et rendre

public cette évaluation. Aider les établissements qui ont de mauvais résultats à

améliorer leurs performances.

12) Faire évaluer le système éducatif lui-même par une instance indépendante.

13) Permettre aux parents de choisir l’établissement scolaire de leurs enfants en

assouplissant, puis en supprimant, lorsque les conditions en seront réunies, la

carte scolaire.

14) Exiger en contrepartie de tous les établissements scolaires le respect d’un

équilibre dans la composition sociale et géographique des effectifs.

15) Permettre à tous les parents qui le souhaitent de choisir pour leurs enfants

un établissement réservant l’après-midi aux activités sportives, culturelles ou

associatives.

16) Desserrer les contraintes qui pèsent sur la répartition des effectifs entre le

public et le privé, afin de permettre à tous les parents qui le souhaitent d’inscrire

leurs enfants dans une école sous contrat.

17) Donner plus de droits aux parents dans leurs relations avec l’école.

18) Garantir le doit de tout enfant handicapé à être accueilli dans une école de

droit commun.

19) Multiplier par deux la place du sport à l’école.

20) Permettre à tous les enfants d’être bilingues, et à ceux qui le peuvent d’être

trilingues.

21) Faire de l’école le levier de la démocratisation culturelle par une éducation

culturelle et artistique plus soutenue, plus exigeante et par la réaffirmation culturelle

des enseignements fondamentaux (lettres, histoire, philosophie,

sciences…).

22) Faire intervenir des artistes dans les classes pour renforcer l’éducation culturelle

et artistique.

23) Créer un vrai service d’orientation, en phase avec les besoins du monde du

travail et de la société.

24) Diversifier les stages qui constituent actuellement un puissant facteur de

reproduction sociale.

25) Renforcer le temps consacré à l’enseignement général dans les filières technologiques

et professionnelles et dans l’apprentissage, afin que ces élèves

conservent la possibilité de revenir dans l’enseignement général.

26) Créer des universités des métiers, parce que les élèves qui suivent l’apprentissage,

l’enseignement technologique et l’enseignement professionnel ont également

droit à des " grandes écoles " dans leurs domaines.

27) Expérimenter, avec des communes et des enseignants volontaires, une répartition

des compétences entre, d’un côté, l’Éducation nationale chargée de

" l’école du savoir ", de l’autre côté, la commune chargée de " l’école de la

vie " (citoyenneté, culture, sport, activités d’éveil, découverte des métiers…).

28) Transférer aux départements la compétence actuellement exercée par les

régions en ce qui concerne les lycées.

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