Du nouveau du côté des ''Stylos rouges''? Oui, mais....

Lundi dernier, ce mouvement s'est présenté dans un communiqué de presse comme un ''mouvement professionnel'' ''au moyen d'action différent unifiant tout le corps éducatif". Et il rencontre la compréhension déclarée de la plupart des syndicats (du privé comme du public, ce qui est inédit) en mettant en avant la ''revalorisation du métier d'enseignant tant socialement que financièrement''

Cette convergence bienveillante de syndicats du privé et du public est tout à fait nouvelle historiquement. On avait pu remarquer dans la plate-forme publiée sur le compte ""Facebook'' des ''Stylos rouges'' début janvier la présence d'une revendication elle aussi inédite : "donner la possibilité aux enseignants du privé d'aller dans le public sans repasser le concours", même si l'essentiel n'était pas là comme en témoigne l'intitulé des trois têtes de chapitres des revendications regroupées: "Revalorisation de notre métier", "Exiger une vraie bienveillance de l'Etat pour ses élèves", "Reconnaître la qualité de notre fonction et de notre travail''

Le 9 janvier, après que plusieurs syndicats du public ont fait part de leur intérêt pour le mouvement des "stylos rouges", les deux fédérations CFDT (le SGEN pour le public et la FEP pour le privé) ont été les premières organisations à déclarer publiquement que leurs revendications sont "légitimes" et correspondent aux "constats posés par plusieurs organisations syndicales représentatives".

Jeudi dernier, presque toutes les organisations syndicales de l'enseignement privé  ont signé un communiqué commun pour dire que "les agents sont confrontés au mépris de (leur) employeur", l'Etat, et pour "réaffirmer les revendications qu’elles portent", souvent "depuis de nombreuses années" alors que "la mobilisation des 'stylos rouges' fait émerger une profonde colère des enseignantes et enseignants de l’Éducation nationale et de l’Agriculture".

Ce qui est moins inédit (mais qui est mis au premier plan par les ''Stylos rouges'') c'est la question de la ''reconnaissance'' (à savoir non seulement la ''revalorisation du métier'' d'enseignant, mais aussi : ''reconnaître la qualité de notre fonction et de notre travail'' ). C'est en effet de longue date ( de très longue date) le ressenti profond de la plupart des enseignants.

On n'en prendra pour preuve que ce long passage de l'ouvrage de l'historien Antoine Prost ( ''l'Ecole et la Famille dans une société en mutation'', pages 326-327 ) paru en 1981: "Il se peut que leur prestige ait reculé depuis, comme ils le pensent dans leur immense majorité en 1972 (sondage Cofremca de mai 1972); mais à voir le même thème repris de génération en génération avant, on se demande si la nostalgie d'un âge d'or où l'enseignant était quelqu'un de bien considéré n'est pas un trait caractéristique du milieu lui-même. L'autodépréciation , le sentiment d'être ignoré, délaissé, mal compris, envahissent en tout cas le corps enseignant qui s'imagine avoir dans le public une réputation plus négative que celle dont il jouit effectivement. Ce sentiment d'incompréhension s'explique aisément. Le métier est difficile à faire comprendre: comment expliquer le travail du professeur, l'ennui des copies, la fatigue des cours, et cette angoisse sourde qu'engendre la rencontre d'une classe, et que la plupart refoulent? Qui n'a pas fait ce métier en ignorera toujours la charge".

C'était il y a exactement 37ans et demi... En fin manoeuvrier qu'il est (c'est le plus politicien de la trentaine de ministres de l'Education nationale qui se sont succédé sous la cinquième République) Jean-Michel Blanquer n'a pas manqué de profiter de ce terreau (de longue date, mais régulièrement méconnu comme tel) ) pour en remettre une couche et se donner le beau rôle (à peu de frais réels) en déclarant sur "Ouest- France'' hier: "une société qui estime ses enseignants est une société qui va bien"

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