Portiques et corps de garde

Xavier Darcos souhaite l’installation de portiques de détection de métaux devant certains établissements. Christian Estrosi propose la création d’une unité spéciale de police chargée d’intervenir contre les violences en milieu scolaire.

Xavier Darcos souhaite l’installation de portiques de détection de métaux devant certains établissements. Christian Estrosi propose la création d’une unité spéciale de police chargée d’intervenir contre les violences en milieu scolaire.

 

Vendredi dernier 15 mai, le ministre de l’Education nationale en visite au collège de Fenouillet en Haute-garonne ( où une enseignante avait été poignardée par un élève de cinquième après son refus de lui retirer sa punition décidée la veille pour un devoir non fait ) a envisagé l’installation de portiques de détection de métaux devant certains établissements.

L’état de santé de l’enseignante de 32 ans était rassurant hier, selon le CHU où elle a été opérée d’urgence, après avoir été blessée au thorax d’un coup de couteau de cuisine.

L’avocat de l’élève, a décrit " un tout petit enfant, pas un adolescent perturbé ", et le recteur " un élève qui n’était pas signalé comme violent, qui avait des résultats scolaires moyens : rien ne laissait présager ce comportement ". L’inspecteur d’académie a précisé que l’établissement scolaire de Fenouillet était considéré comme " un collège tranquille " de la banlieue de Toulouse.

 

Lundi dernier 18 mai, le député maire de Nice Christian Estrosi ( UMP ) a proposé " la création d’une unité spéciale de la police consacrée aux établissements scolaires : cette unité, formée spécialement pour les violences en milieu scolaire, serait en contact avec les chefs d’établissements ; elle pourrait sur demande du chef d’établissement intervenir dans l’école en cas de problème ". Début mai, en bon petit soldat d’ ’’avant–garde’’ du chef de l’Etat, Nicolas Sarkozy, le même Christian Estrosi avait déjà déposé à l’Assemblée nationale une proposition de loi visant à créer une infraction réprimant " la participation à une bande violente ", le texte devant être débattu fin juin.

 

 

Ce mercredi 20 mai, les représentants des syndicats des chefs d’établissements, des fédérations de parents d’élèves FCPE et PEEP ainsi que l’Association des régions de France ( ARF ) et l’Association des départements de France sont invités au ministère dans une réunion ( en l’absence des syndicats enseignants ) où il sera notamment question des " armes blanches mais aussi des armes par destination " ( tout objet susceptible de provoquer des blessures ). " Le ministre ouvrira cette discussion sans aucun tabou. Les portiques sont un exemple ".

 

 

La ‘’solution’’ des ‘’portiques’’ (qui relèvent du financement par les collectivités territoriales ) a un grand intérêt médiatique et politique : outre le fait qu’elle peut détourner l’attention de la nécessité d’autres dispositifs ( qui demandent plus de personnels, à la charge de l’Etat), elle ne coûtera non seulement rien à l’Etat mais elle est de nature à embarrasser ( voire à diviser ) les majorités de gauche ( qui sont présentes dans la moitié des conseils généraux qui ont en charge les collèges, et dans la quasi totalité des conseils régionaux dont relèvent les lycées ).

 

Certains n’ont sans doute pas oublié la tempête de réactions qu’avait suscitée en son temps l’intervention du 5 avril 1998 de Ségolène Royal ( alors ministre déléguée aux enseignements scolaires ) sur France II où elle avait estimé que " des fouilles ou des mises en place de portiques de détections d’armes pouvaient être envisagées dans certains cas, sur des opérations ponctuelles : on ne voit pas pourquoi on fouillerait à l’entrée de certains grands magasins et pas à l’entrée des établissements scolaires où il y a eu des signalements de détentions d’armes ". D’autant que Ségolène Royal est désormais la présidente de la région Poitou-Charente.

Le travail de sape ‘’sécuritaire’’ est plus que jamais - en temps de crise sociale et politique - à l’ordre du jour. Toute occasion est bonne à prendre pour le pouvoir en place ( elle était pourtant mince, lorsque l’on connaît les circonstances… ). Et cela n’est pas prêt de finir, notamment dans le domaine scolaire, qui offre un terrain idéal pour focaliser l’attention et jeter le trouble

 

PS: La réunion initialement prévue ce mercredi a été reportée d'une semaine et se déroulera le mercredi 27 mai avec les mêmes participants ( et donc toujours sans la présence des syndicats enseignants ). Pourquoi ce délai ? Les représentants de l'Association des départements de France, et surtout ceux de l'Association des régions de France, ''embarrassés'', auraient-ils demandé d'avoir le temps de consulter leurs ''bases''? On se perd en conjectures.

 

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