Une «Marianne engagée» selon Macron. Conservatrice et/ou révolutionnaire ?

Marianne, emblème national historique, a un nouveau profil. «Marianne l’engagée», c’est le nom que lui a donné Emmanuel Macron. «Une Marianne déterminée, énergique, qui est ancrée dans le XXIe siècle et qui se projette dans l’action », selon l’Elysée.

Cette nouvelle figure deviendra le visage officiel de la République pendant cinq ans et figurera sur les timbres de La Poste à partir du lundi 23 juillet. Le ''secret'' du ''nouveau portrait'' avait été bien gardé jusqu'au bout pour attirer et fixer l'attention.

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On pourrait trouver tout cela bien futile et tout à fait anecdotique. Et pourtant, le grand historien Maurice Agulhon a concacré pas moins de trois ouvrages successifs à l'emblématique ''Marianne'' : « Marianne au combat ; 1789 à 1914 » (Flammarion, 1979) ; « Marianne au pouvoir ; 1880 à 1914 » (Flammarion, 1989) et « Les métamorphoses de Marianne dans la France du XXe, de 1914 à nos jours » ( Flammarion, 2001). Et on peut gager qu'Emmanuel Macron n'ignore rien de tout cela..

L'historien Maurice Agulhon a identifié deux ''types'' de ''Marianne'' : une ''Marianne'' d'apparence hiératique et maternelle, vêtue de long et coiffée d'une couronne de laurier ou de chêne (plutôt celle des républicains ''conservateurs'') et une ''Marianne en mouvement, ''fougueuse'', le torse ou un sein nu, coiffée du bonnet rouge ''phrygien'' (plutôt celle des républicains ''révolutionnaires'')

Eh bien, surprise dans l'aire des représentations ''macroniennes'', on n'a pas vraiment et l'une et l'autre ( ''en même temps''), mais plutôt ni l'une ni l'autre. Un emblème sui generis en quelque sorte

Mauice Agulhon avait par ailleurs remarqué que le général de Gaulle avait rompu avec une tradition instaurée par les pères républicains fondateurs en éliminant ''Marianne'' du médailler présidentiel au profit d'emblèmes plus personnels : croix de Lorraine et V de la Victoire. Ses successeurs avaient suivi, Pompidou optant pour une forme abstraite, Giscard pour un hexagone, Mitterrand pour un arbre...

Mais en perdant le monopole de la représentation de l'Etat, ''Marianne'' avait alors migré au local comme symbole principal de la démocratie municipale. Avec une nouvelle mue : l'incarnation par des vedettes du spectacle. En 1969, Brigitte Bardot est la première à créer la surprise (voire le ''scandale''). D'autres suivront, moins sensuelles mais plus consensuelles : Mireille Mathieu, Catherine Deneuve et Laetitia Casta.

Peut-on dire que la Ve République avait opéré alors, à cet égard, un renversement de valeurs ? Face à un président devenu la figure centrale du régime, ''Marianne'' pouvait se banaliser, se municipaliser, et prendre les traits de telle ou telle star du moment. Une «dégradation symbolique» à laquelle Emmanuel Macron refuserait paradoxalement de se prêter ?

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