claude lelièvre
Historien de l'éducation
Abonné·e de Mediapart

740 Billets

1 Éditions

Billet de blog 19 sept. 2015

La dictée dictée

La ministre de l'Education nationale vient d'édicter une dictée quotidienne. Sans compter le calcul mental. Quid de cette entrée en matière pour une réforme que beaucoup croyaient impossible à réaliser (car cela n'avait jamais eu lieu, ni même été tenté) : des programmes pensés en même temps depuis le cours préparatoire jusqu'à la troisième, par cyles, pour aller dans le sens de la continuité, de la progressivité et de la cohérence ? Chapeau, le Conseil supérieur des programmes ! Il fallait le faire et vous l'avez fait !

claude lelièvre
Historien de l'éducation
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La ministre de l'Education nationale vient d'édicter une dictée quotidienne. Sans compter le calcul mental. Quid de cette entrée en matière pour une réforme que beaucoup croyaient impossible à réaliser (car cela n'avait jamais eu lieu, ni même été tenté) : des programmes pensés en même temps depuis le cours préparatoire jusqu'à la troisième, par cyles, pour aller dans le sens de la continuité, de la progressivité et de la cohérence ? Chapeau, le Conseil supérieur des programmes ! Il fallait le faire et vous l'avez fait !

A vrai dire, la façon de faire et de dire de Najat Vallaud-Belkacem en l'occurrence n'est pas sans rappeler celle de Jack Lang à la rentrée scolaire 2002 à propos des nouveaux programmes de l'enseignement primaire.

« Aux oubliettes la méthode globale ! Place à un horaire spécial pour la grammaire, elle-même recentrée sur la relation entre le verbe et son sujet, et entre le verbe et les compléments. Place au retour de l'orthographe reposant sur l'intelligence de la syntaxe et du lexique. Place à la connaissance exigeante des conjugaisons et à la découverte du vocabulaire. Place aussi à l'écriture cursive et à la prise de notes personnelles au lieu et place de la photocopie.

Autre nouveauté qui donnera chair et âme au voyage initiatique dans la langue : l'entrée en force de la littérature. Au moins cinq heures par semaine seront consacrées aux textes littéraires : lecture à haute voix, lecture silencieuse, récitation, jeu théâtral. Autre originalité des nouveaux programmes : chaque autre matière enseignée, tel l'affluent alimentant le fleuve principal, est appelée à nourrir l'apprentissage du français. : apprendre en mathématiques à lire et comprendre l'énoncé d'un problème, à rédiger en géographie la description d'un paysage, à tenir en sciences un cahier personnel de ses expériences ou encore à narrer en histoire une action et donc à découvrir simultanément la complexité des temps verbaux » ( « Le Monde » du 3 septembre 2002).

En tout état de cause, il ne faudrait pas prendre sans précaution cette édiction de la dictée comme une grande nouveauté dans les faits (elle est déjà assez souvent pratiquée de façon diversifiée et fluide par les enseignants) et elle requiert d'avoir une vue claire de jusqu'où il ne faut pas aller. En l'occurrence Jules Ferry (Jules, pas Luc..) a été très clair et peut être une référence ''refondatrice'' (même si cela a été quelque peu perdu de vue dans le passé) . « A la dictée – à l'abus de la dictée – il faut substituer un enseignement plus libre […]. C'est une bonne chose assurément que d'apprendre l'orthographe. Mais il y a deux parts à faire dans ce savoir éminemment français : qu'on soit mis au courant des règles fondamentales ; mais épargnons ce temps si précieux qu'on dépense trop souvent dans les vétilles de l'orthographe, dans les pièges de la dictée, qui font de cet exercice une manière de tour de force et une espèce de casse-tête chinois ».(Discours de Jules Ferry au Congrès pédagogique des directeurs et directrices d'écoles normales, et des inspecteurs primaires du 2 avril 1880).

Topaze (Pagnol) scène I : «  Des moutons...Des moutons...étaient en sûreté dans un parc ; dans un parc (Il se penche sur l'épaule de l'Elève et reprend). Des moutons...moutonss (L'Elève le regarde ahuri). Voyons, mon enfant, faites un effort. Je dis moutonsse. Etaient (il reprend avec finesse) étai-eunnt. C'est-à-dire qu'il n'y avait pas qu'un moutonne. Il y avait plusieurs moutonsse ».

PS: "Si en effet il y a aujourd'hui une question orthographique vraiment digne d'attention , c'est qu'elle intéresse la totalité des enfants de France; c'est devenu une question d'ordre public. A vrai dire, l'enseignement de l'orthographe a d'autres défaveurs que d'être encombrant. Comme tout y est illogique, contradictoire, que, à peu près seule, la mémoire visuelle s'y exerce, il oblitère la faculté de raisonnement, pour tout dire il abétit..Il a le vice énorme d'incliner plus encore vers l'obéissance irraisonnée. Pourquoi faut-il deux p à apparaître et un seul à apaiser, il n'y a d'autre réponse que celle-ci: parce que cela est. Et comme les ukases de ce genre se répètent chaque jour, ce catéchisme prépare et habitue à la croyance, au dogme qu'on ne raisonne pas, à la soumission sans contrôle et sans critique. C'est pourtant d'un autre côté, n'est-ce pas, que l'Ecole républicaine entend conduire les esprits?" ( "Lettre ouverte adressée au ministre de l'Instruction publique à propos de la réforme de l'orthographe" par le grand grammairien Ferdinand Brunot en 1905)

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Gauche(s)
Parlement : ce que peut espérer la Nupes
Et si la gauche devenait la première force d’opposition au Palais-Bourbon en juin prochain ? Un scénario plausible qui pourrait, dans une certaine mesure, transformer le paysage politique, explique Olivier Rozenberg, spécialiste de la vie parlementaire.
par Pauline Graulle
Journal
Ukraine : divisé, le monde occidental peine à dessiner une issue
Alors que le spectre d’un conflit long se précise, faut-il continuer, et jusqu’à quand, à livrer des armes à Kyiv ? Est-il encore possible de ménager une « porte de sortie » à Vladimir Poutine pour faciliter de futures négociations de paix ? Aux États-Unis comme en Europe, des dissensions commencent à affleurer sur ces sujets clés.
par Ludovic Lamant
Journal — Migrations
La guerre a déplacé des milliers d’orphelins et d’enfants placés
Les enfants représentent, avec les femmes, la majeure partie des déplacés internes et des réfugiés ukrainiens. Dans l’ouest de l’Ukraine, des orphelins de la guerre et des enfants placés tentent de se reconstruire une vie, loin de leur maison et de leurs habitudes.
par Nejma Brahim
Journal
Législatives : des candidats de la majorité préfèrent s’afficher sans Macron
Contrairement à 2017, où la plupart des candidats macronistes avaient accolé la photo du président de la République à côté de la leur, nombre d’entre eux ont décidé cette année de mener campagne sur leur propre nom. Face à la gauche et à l’extrême droite, certains veulent éviter d’agiter « le chiffon rouge ».
par Ellen Salvi

La sélection du Club

Billet de blog
Prendre les chemins de traverse… mais à plusieurs !
Nous sommes un collectif d'une petite dizaine de personnes, qui avons décidé, à la fin de nos études en politiques locales, de prendre à bras le corps les questions climatiques, énergétiques, sociales de demain, pour y trouver des réponses radicales. Voilà l'histoire de notre parcours, depuis notre rencontre en 2018, sur les bancs de l'université.
par Collectif La Traverse
Billet de blog
Bifurquer, c'est tout le temps à refaire (et ça s'apprend)
Je suis diplômée ingénieure agronome depuis décembre 2019. On m'a envoyé mille fois la vidéo du discours des diplômés d’AgroParisTech qui appellent à bifurquer et refusent de travailler pour l’agro-industrie. Fantastique, et maintenant ? Deux ans après le diplôme, je me permets d'emprunter à Benoîte Groulte pour répondre : ça dure toute la vie, une bifurcation. C'est tout le temps à refaire.
par Mathilde Francois
Billet de blog
Déserteurs : existe-t-il une sécession des élites diplômées ?
La prise de parole des étudiant·es de Agro Paris Tech a été l’occasion pour la presse de remettre en avant l’hypothèse d’une sécession de l’élite scolaire face à la crise écologique. Qu’en disent les sciences sociales ?
par Quantité Critique
Billet de blog
Remise des diplômes AgroParisTech : appel à déserter
Lors de leur cérémonie de remise de diplôme, huit jeunes ingénieur·es AgroParisTech ont appelé leurs camarades de promotion à déserter de leurs postes. « N'attendons pas le 12ème rapport du GIEC qui démontrera que les États et les multinationales n'ont jamais fait qu'aggraver les problèmes et qui placera ses derniers espoirs dans les révoltes populaires. Vous pouvez bifurquer maintenant. »
par Des agros qui bifurquent