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Billet de blog 19 octobre 2009

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«S» au-dessus de tout

Le plus remarquable dans la présentation par Sarkozy des changements préconisés pour le lycée est qu’absolument rien ne concerne la filière ‘’S’’ pourtant mise en cause depuis plus d’un quart de siècle.

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Le plus remarquable dans la présentation par Sarkozy des changements préconisés pour le lycée est qu’absolument rien ne concerne la filière ‘’S’’ pourtant mise en cause depuis plus d’un quart de siècle.

Dès le début de la cinquième République, en 1965, il est décidé que les lycées seront désormais structurés en filières bien typées, les filières générales A,B,C, D ; et les filières technologiques F, G, H .Les filières étaient présentées comme étant un cadre fonctionnel pour une bonne orientation qui tienne compte des aptitudes et des goûts des élèves afin de les préparer, dans des cursus adaptés, à des sorties diversifiées du système scolaire ( avant la vie active ou la poursuite d’études dans le supérieur ).

Mais, en réalité ( et c’est sans doute un effet structurel de ce type même d’organisation ), elles ont été immédiatement hiérarchisées entre elles, les filières générales étant placées au-dessus des filières technologiques, et la filière ‘’C’’ ( dite maths-sciences, rebaptisée depuis ‘’S’’ ) planant au-dessus des autres filières générales ( ‘’A’’, littéraire, rebaptisée ‘’L’’ ; et ‘’B’’, sciences économiques et sociales, appelée désormais ‘’SES’’ ).

Cette filière ‘’S’’ dominante est convoitée bien au-delà de ce à quoi elle devait normalement ( fonctionnellement ) conduire, à savoir des orientations spécifiques requérant des capacités particulières dans le domaine mathématique et scientifique.

Du fait de sa position dominante de filière d’excellence ( et parce que les coefficients accordés aux mathématiques et aux sciences ne sont pas de nature à la ‘’spécialiser’’ suffisamment ) elle ouvre pratiquement à tout ( et souvent en priorité ), ce qui conduit à des dysfonctionnements en chaîne du système.

On peut en citer – dans le désordre ! – quelques-uns, qui commencent à être bien connus. Seulement 44% des bacheliers ‘’S’’ choisissent cette série par goût des maths ou des sciences, et un tiers des titulaires de ce baccalauréat s’inscrivent ensuite dans des formations autres que scientifiques ( alors même que l’on ne parvient pas actuellement à remplir la liste des postes ouverts au concours de l’agrégation de mathématiques, par exemple ).

Dès 1983, le rapport sur les seconds cycles des lycées soulignait déjà que " les études à dominante scientifique, détournées de leur finalité, servent en fait à définir une élite ". Depuis cette date, durant tout ce dernier quart de siècle, tous les rapports, tous les projets de réforme ont prétendu " rééquilibrer les filières et les séries " en luttant contre la prééminence du bac ‘’scientifique’’ constitué en voie royale.

La réforme de 1992, par exemple, institua la Seconde de détermination générale et technologique et simplifia les séries. Mais, quinze ans plus tard, il faut bien constater que la série ‘’S’’ a encore renforcé sa prééminence au détriment des deux autre séries générales. Sans compter, la domination ’’générale’’ sur les filières technologiques, qui a bien des effets pervers ( en particulier en IUT où les bacheliers technologiques ne représentent que 30% des élèves, alors que les IUT leur étaient en principe destinés …)

Dans ces conditions, les quelques mesures dites ‘’pragmatiques’’ annoncées par Nicolas Sarkozy ont peu de chances d’être à la hauteur du problème ( à l’instar de celles qui ont été mises en place précédemment ) parce qu’elles ne s’attaquent pas vraiment au système des filières lui-même, générateur de ces dysfonctionnements dans son processus récurrent de différenciation-hiérachisation. Et cela d’autant plus qu’il n’a été question d’aucun changement concernant la série ‘’S’’ elle-même ( en particulier pour ce qui concerne l’équilibre des disciplines qui la constituent et les coefficients qui leur sont accordés pour l’obtention du baccalauréat ).

On se demande bien où est passée la fameuse ‘’rupture’’ chère à l’apôtre du ‘’changement’’ et pourfendeur autoproclamé de ‘’l’immobilisme’’…Mais parions que Nicolas Sarkozy ne sera pas isolé sur ce point : il bénéficiera ( comme bien d’autres avant lui ) d’un certain ‘’soulagement’’ de ceux qui sont ‘’intéressés’’ ( dans tous les sens du terme ) à ce que la série ’’S’’ perdure telle quelle en dépit des dysfonctionnements qu’elle engendre. Et ils sont généralement bien placés, et de tous bords.

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