Programmes des lycées: Blanquer en marche forcée?

La précipitation dans l'élaboration puis l'examen des programmes proposés a suscité une opposition ample et déterminée au Conseil supérieur de l'Education. Jean-Michel Blanquer va-t-il passer outre, et transformer sa marche précipitée en marche forcée?

Va-t-il encore prétendre que, de toutes façons, la grande majorité des représentants des organisations présentes au Conseil supérieur de l'Education se complaisent dans l'opposition (voire ne prennent pas vraiment leurs responsabilités) quels que soient les projets ou les ministres?

Il y a eu déjà des précédents dans la forte opposition (et dans la tentation du ministre de l'Education nationale en exercice de ''passer en force''...).

On peut citer, entre autres, celui qui a eu lieu sous le ministère de Gilles de Robien .Le 5 février 2007, un communiqué ministériel signale que le "projet de décret relatif à l'expérimentation des Etablissements Publics d'Enseignement primaire a été soumis au CSE. Il est pris en application de l'article 86 de la loi du 13 août 2005". Ce communiqué annonce que le décret sera appliqué (en omettant que le Conseil supérieur a rejeté le projet par 41 voix contre 1). Les organisations (Fcpe, Peep, Snuipp-Fsu, Se-Unsa, Sgen-Cfdt,Unsa-Education, Fsu, Snpden,, Sien, Fep-Cfdt, Cfdt, Unsen-Cgt, Unaf, FO, Ligue de l'enseignement, Jpa, Unef, Sud, Unl, Arf) qui avaient refusé de siéger le 25 janvier 2007 avaient une nouvelle fois demandé le 5 février que soit retiré de l'ordre du jour ce projet de texte avant de voter massivement contre.

On peut citer aussi - a contrario - des cas (sur des sujets d'ampleur) où le ministre en exercice a pu recevoir l'approbation d'une majorité de ces représentants au CSE

On se contentera d'un seul exemple, mais fort significatif en l'occurrence puisqu'il s'agit des votes au Conseil supérieur de l'Education concernant la réforme du lycée, le 10 décembre 2009 (c'est à dire juste deux semaines avant la nomination de Jean-Michel Blanquer à la Direction des Enseignements scolaires). Le décret sur l'organisation du lycée (décret EPLE) a été adopté par 32 voix pour et 26 contre (12 abstentions et refus de vote). Le décret sur l'orientation a été adopté par 35 voix pour , 20 contre (13 abstentions). L'arrêté sur les horaires de seconde a eu 32 voix pour, 19 contre. L'arrêté sur les horaires de terminale et première a eu 22 voix pour et 22 contre (13 abstentions et 7 refus de vote).

Le Conseil supérieur de l'Education du 18 décembre 2018 s'est ouvert - lui - par un voeu de moratoire sur les réformes du lycée adopté par 49 voix pour:"Ni la structure ni les programmes présentés ce jour ne peuvent être mis en application à la rentrée 2019". Il y a eu quatre voix seulement contre ce voeu de moratoire (dont l'Apel, représentant les parents de l'enseignement privé; et le Spelc, un syndicat enseignant du privé) .

Le Conseil supérieur de l'Education a ensuite commencé à examiner durant la journée du 18 décembre un certain nombre de propositions de programmes qui ont presque tous été refusés à de très larges majorités.

Selon le site ''Le Café pédagogique'', le programme de français a été rejeté par 41 voix contre deux voix pour (Apel et Spelc). Celui d'humanités ''HLP'' n'a obtenu qu'une voix (Spelc) et 40 contre.  Le programme d'EMC n'a reçu aucune voix favorable et 41 contre. Le programme de SES de seconde a été rejeté par 50 voix (aucune voix favorable), un record. Celui de première a obtenu 48 voix contre (aucune pour). Le programme d'EPS a été rejeté par 38 voix contre (aucune favorable). Le programme de mathématiques de seconde a reçu 6 voix favorables (Snalc) mais 32 contre Celui de première technologique a été refusé par 21 voix (7 votes favorables) Un seul vote a été positif: celui concernant le programme de physique-chimie de seconde qui a été adopté par 16 voix pour et 4 voix  contre. Le 19 décembre les programmes d'histoire-géographie de seconde et première ont été rejetés par 47 voix ( une seule voix pour, celle du SNALC).

Le 19 décembre, la FSU (dont le SNES-FSU) la CGT, SUD et la CFE-CGC ont quitté la réunion du Conseil supérieur de l'Education en dénonçant les conditions de travail autour des textes. Fermer le ban?

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