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Billet de blog 20 janvier 2010

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La crise de la formation des enseignants

La question de la formation des enseignants est en train de prendre une ampleur inédite. La FCPE ( la première fédération de parents d’élèves ) et les organisations lycéennes UNL et FIDL ont appelé à participer à la journée de mobilisation du 21 janvier pour la défense de la fonction publique et des services publics.

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La question de la formation des enseignants est en train de prendre une ampleur inédite. La FCPE ( la première fédération de parents d’élèves ) et les organisations lycéennes UNL et FIDL ont appelé à participer à la journée de mobilisation du 21 janvier pour la défense de la fonction publique et des services publics.

Elles demandent ensemble la mise en place d’un plan pluriannuel de recrutement de personnels enseignants – ce qui est assez classique – ; mais elles demandent aussi ensemble une augmentation des temps de formation pédagogique et psychologique ( théorique et pratique ) des enseignants, ce qui est tout à fait inédit.

Par ailleurs, le secrétaire général de la FSU ( la principale fédération syndicale d’enseignants ), toujours dans le cadre de cette même journée de mobilisation, a écrit à François Fillon une lettre ouverte dans laquelle il indique que " le 21 décembre dernier, une très large majorité d’organisations a condamné le processus qu’utilise le gouvernement pour engager à marche forcée une réforme désastreuse et inapplicable de la formation des enseignants ". Et il en appelle solennellement – par delà le ministre de l’Education nationale Luc Chatel – au Premier ministre lui-même, pour que cela cesse et que " s’engage une véritable négociation pour une autre réforme ".

La question de la formation des enseignants est en train de déborder le cadre de l’Education nationale non seulement parce que le ministre de l’Education nationale n’est plus seul mis en cause, mais aussi parce que la question est désormais posée avec force dans d’autres secteurs, notamment celui de la musique. Une " Lettre ouverte " - signée d’ores et déjà par plus de 5000 pétitionnaires - a été adressée au ministre de la Culture pour demander un moratoire concernant " une réforme rétrograde de l’enseignement supérieur artistique qui réduirait la formation du musicien à la seule notion ‘’d’interprète’’ de la musique " ( site : www.sauvonslenseignementartistique.fr ).L’une des conséquences majeures de cette réforme, est-il souligné dans cette " Lettre ouverte ", serait la disparition des Centres de formation des enseignants de la musique ( CEFEDEM ) qui délivrent depuis 1990 le Diplôme d’Etat permettant d’enseigner dans les écoles de musique et les conservatoires ( au nom de " l’idée simpliste et relevant soit-disant du ‘’bon sens’’, qu’une unique et solide formation d’instrumentiste suffirait pour enseigner la musique " ). On voit ainsi que la mise en cause des IUFM et de ce qu’elles représentent n’est pas un phénomène circonscrit à l’Education nationale, mais fait partie d’une politique plus générale.

A vrai dire, cela fait longtemps que la nature voire l’opportunité d’une formation professionnelle fait question ; avec – certes – des hauts et des bas ( en particulier pour ce qui concerne l’enseignement secondaire ). On peut se référer, par exemple, à un moment clé, celui des tout débuts de l’Ecole de la troisième République ; et rappeler la forte prise de parti du grand historien Ernest Lavisse, l’un des principaux lieutenants de Jules Ferry. Ernest Lavisse fait valoir très fermement que des connaissances spécifiques sont nécessaires aux futurs professeurs dans des domaines très divers, de la psychologie à l’histoire de l’éducation, de la sociologie à la physiologie. Il souhaite même que l’on multiplie les chaires universitaires de " science de l’éducation " ( il n’en existe alors que deux en France ). Et il s’insurge tout particulièrement contre " l’objection préalable que les qualités essentielles de l’éducateur ne s’enseignent ni ne s’acquièrent ". Un programme et un travail infini, à reprendre constamment, si l’on en juge par les aléas de l’histoire et la situation actuelle.

Par ailleurs, Ernest Lavisse s’en prend aux artifices du recrutement des professeurs de l’enseignement secondaire, et en particulier à la soi-disante leçon faite devant un jury d’agrégés et de professeurs de facultés. " Au régiment, on apprend au simple soldat à commander, en le mettant devant un peloton de soldats : j’imagine qu’il commanderait mal un peloton de généraux. La leçon qui sera faite devant le jury d’agrégation pourrait donc être très bonne en elle–même, et détestable si on la transposait devant un auditoire de vrais élèves.. Et si le candidat parlait devant le jury comme il le ferait devant des élèves de quatrième, l’épreuve aurait un caractère de puérilité qui étonnerait fort les juges. L’étudiant prépare donc à la Faculté ses leçons sans aucune préoccupation pédagogique et, quand il se trouve pour la première fois devant de véritables élèves, il n’a jamais réfléchi sur la façon de leur parler "( " Questions d’enseignement national ", 1885 ).

Va-t-on revenir purement et simplement à cela, dénoncé sans appel par un ‘’républicain historique’’ ( à l’écart de tout ‘’pédagogisme’’ ) , il y a déjà 125 ans ?

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