Pour Fillon (contrairement à son habitude, car il a beaucoup varié en matière scolaire), il s'agit d'une position ancienne et constante.

En 2005, le ministre de l’Education nationale François Fillon met en exergue dans son projet de « loi d'orientation » une proposition de modification des modalités d’obtention du baccalauréat :  ramener d’une douzaine à six les épreuves terminales du diplôme, les autres matières étant validées par un contrôle continu .

Mais il est en butte à de vives mises en cause de la part du SNES, le principal syndicat des professeurs y voyant un risque de rupture de l’égalité « avec des baccalauréats dont la valeur dépendrait des lycées fréquentés », suivies par des manifestations puis des grèves de lycéens prenant une grande ampleur. François Fillon est vite amené à renoncer, en raison notamment d'un soutien défaillant du président de la République Jacques Chirac.

Lors de son discours sur l'éducation prononcé le 10 avril 2014, François Fillon revient à la charge : « En 2005, j’ai voulu, mais je n’ai pas pu, traiter cette question. Je persiste et signe. Je propose de réduire à 4 le nombre d’épreuves en renforçant les exigences de chacune d’entre elles  pour permettre la réussite dans l’enseignement supérieur. Chacun sait que le baccalauréat actuel est marqué par une dispersion des savoirs exigés ; au fil des années, le nombre d’épreuves a augmenté parallèlement à un déclin des exigences attachées à chacune d'entre elles. Le baccalauréat doit comprendre une épreuve de français passée à la fin de la première (début juillet) et trois épreuves en terminale portant sur les matières dominantes de la série passées (début juillet,) afin de rendre au baccalauréat une valeur qu’il n’a plus et de mieux préparer aux études supérieures. Les disciplines ne faisant pas l’objet d’épreuve pourront être notées dans le cadre du contrôle continu »

François Fillon a réaffirmé avec force cette position récemment. Mais on n'en sait pas plus sur ce que cela signifie exactement, notamment quant à l'articulation avec les enseignements supérieurs et les modalités de leurs accès.

Début mars 2017, le jeune candidat Emmanuel Macron s'est lui aussi prononcé en ce sens, avec des attendus divers.

Lors de la présentation de son programme, le 2 mars dernier, le candidat d'« En marche ! » a proposé un baccalauréat avec seulement 4 épreuves obligatoires, le reste étant composé d'un contrôle continu, en évoquant sa volonté de réduire le coût de l'examen jugé trop important à cause du nombre des épreuves .

Sur le site d'« En marche ! » il ne s'agit pas de cela (même si la proposition est identique) : « Au lycée, revoir la forme du baccalauréat (4 matières obligatoires à l'examen final et le reste en contrôle continu) afin de rendre possible de nouvelles formes d’organisation du temps scolaire et de nouveaux parcours, qui prépareront mieux à la poursuite d’études et à l’insertion professionnelle ».

Ces considérations sont sans doute à rapprocher de celles indiquées - il y a peu également - par Emmanuel Macron en vue de « libérer » les universités : la possibilité d’afficher des prérequis à l’entrée de la licence (alors que la sélection est aujourd’hui exclue, en principe, à l’entrée du premier cycle universitaire) :« Pour une licence en sciences, ces prérequis pourront être des acquis minimaux en mathématiques, en sciences physiques ou en sciences de la vie et de la terre. Un lycéen ne disposant pas de ces prérequis pourra s’inscrire après avoir comblé ses lacunes, par des cours d’été ou par la validation de modules universitaires. ».On ne sait pas qui serait chargé d'évaluer ces lacunes (ou leurs''comblements'' éventuels)...

Il apparaît qu'il y a finalement beaucoup de ''flou artistique'' dans l'ensemble de ces propositions (et/ou de leurs justifications). Dans celles d'Emmanuel Macron, comme dans celles de François Fillon. On le sait (car on a déjà payé pour en prendre la mesure...), « lorsqu'il y a du flou, il y a un loup » !

PS: un précédent que François Fillon et Emmanuel Macron ont certainement en tête ( les avatars de l'échec de la loi Devaquet ) , ce qui expliquerait leur'' prudence'' et leur ''discrétion'' ( "Une obscure clarté qui tombe des étoiles...'' )

Le texte du gouvernement chiraquien soumis fin juin 1986 au Conseil d'Etat, pour avis préalable, diffère de la présentation faite par Alain Devaquet le 12 juin sur quelques points sensibles. Le texte initial précisait explicitement que le « baccalauréat est un grade universitaire » et que le premier cycle est « ouvert à tous ses titulaires » ( article 13 ). Mais l'article 26 du texte gouvernemental est beaucoup moins net : « Le premier cycle est ouvert aux titulaires du baccalauréat ». D'autre part l'avant-projet d'Alain Devaquet précisait que le recteur devait proposer aux étudiants qui n'auraient pas pu s'inscrire dans la formation de leur choix « une inscription dans l'académie d'origine ou, à défaut, dans la région ; et, si possible, dans un domaine proche ». Le texte gouvernemental est, là encore, beaucoup plus incertain : « En cas de nécessité, le recteur propose aux candidats des possibilités d'inscription dans les formations post-secondaires »

Le projet de loi finalement soumis au Parlement fin octobre 1986 indique en son article 31 que « les établissements d'enseignement supérieur déterminent chaque année les conditions d'accès aux différentes formations ». Cette rédaction a été substituée à celle d'Alain Devaquet ( qui, au lieu de « conditions d'accès » avait écrit « critères d'orientation », ce qui avait un sens sensiblement différent ) à la demande expresse de Yves Durand, vice président de l'UNI et conseiller du Premier ministre Jacques Chirac.

Ces ''radicalisations'' alimentent la montée en puissance des manifestations et des grèves contre la loi dite « Devaquet ». Cela se termine par des manifestations très importantes et des violences à Paris. La pression est telle, à la suite du décès de Malik Oussekine, un jeune matraqué dans la nuit du 5au 6 décembre, que le gouvernement doit retirer purement et simplement son projet.

 

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