Un grand bond «gaullien» après une rentrée universitaire tourmentée?

Nous avons eu dans les années 1960 une expansion très rapide du nombre des étudiants. Elle n'a pas été subie mais voulue et encadrée. Va-t-il en être de même après les surprises de l'accroissement très sensible du nombre de bacheliers et d'entrants dans le Supérieur cette année?

Durant la période gaullienne, de 1959 à 1969, le nombre d'étudiants dans l'enseignement supérieur a été multiplié par 2,5 passant d'environ 200000 à 500000. Une augmentation en moyenne de 30000 étudiants par an pendant 10 ans. Et un taux de croissance de 250% en dix ans. Il s'agissait pour le président de la République Charles de Gaulle d'une politique prioritaire délibérée.

Les éléments budgétaires rassemblés par le professeur d'économie Jean-Claude Eicher ne permettent pas le doute:"L'analyse révèle que si l'on s'est contenté, pendant la période gaullienne, de satisfaire plus ou moins bien une demande en forte augmentation dans l'enseignement secondaire, et si l'on n'a pas fait d'effort financier particulier pour l'enseignement primaire, on a clairement mené une politique d'expansion et d'amélioration de la qualité de l'enseignement supérieur; il apparaît également que cette politique a été nettement remise en cause à partir du moment où le général de Gaulle a quitté le pouvoir" ("L'évolution de l'effort financier public en faveur de l'Education sous la présidence du général de Gaulle", par Jean-Claude Eicher, colloque de 1990 de l'Institut Charles de Gaulle, pp 598-609)

De 1959 à 1969, les effectifs d'étudiants sont multipliés par 2,5. Le budget fait plus que suivre, puisqu'il est multiplié par quatre en francs constants. Les taux d'encadrement sont nettement améliorés: le nombre d'enseignants pour cent étudiants passe de 2,5 en 1957 à 4,6 en 1967. En francs constants, si on prend pour repère l'indice 100 en 1957, la dépense par étudiant croit jusqu'à l'indice 234 en 1967, pour retomber ensuite à 189 en 1972 puis 158 en 1977. Un vrai ''grand bond'' en avant!

Actuellement, on a le sentiment qu'il s'agit pour chacun (postulants étudiants ou encadrants des différentes institutions du Supérieur) de se débrouiller comme il peut. Cela peut se comprendre dans une certaine mesure, tant l'augmentation du nombre d'étudiants a été inopinée, et dans un contexte général mal maîtrisé.

Mais il conviendrait au plus vite de tracer des perspectives de consolidation et d'avenir. On verra. Mais ce n'était sans doute pas le plus approprié pour cela de choisir comme nouveau périmètre du ministère de Jean-Michel Blanquer :"L'Education nationale, la Jeunesse et les Sports" (à l'instar de René Billères en 1956-1958, ou de Lionel Jospin en 1988-1992) plutôt que celui qui a été dévolu à François Bayrou en 1995, ministre de "l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Insertion professionnelle".

 

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