Violences à l'école: du nouveau?

« Le Parisien » vient de relayer (et même d'amplifier) une étude de l' «Association de la Fondation étudiante pour la ville» sur les violences entre élèves de collèges ''ZEP'', en reposant la question générale des violences à l'école.

L'étude de l'AFEV qui a été rendue publique ce matin révèle que près de la moitié des 447 élèves de collèges ''ZEP'' interrogés déclarent avoir été témoins au moins une fois d' « actes de cruauté ou d'humiliation » entre élèves dans la cour ( plus de la moité n'en parlant jamais). Un de ces élèves sur cinq déclare avoir subi des violences physiques, et près de la moitié des moqueries ou des insultes.

Cette étude (et ces ''révélations'') s'inscrivent dans la nouvelle thématique qui s'est imposée au début du quinquennat précédent au sujet de la problématique des violences à l'Ecole : celle du ''harcèlement'' entre élèves.

C'est une autre thématique, beaucoup plus globale et tendant à privilégier les violences faites aux personnels des établissements scolaires (par plutôt les élèves dans l'enseignement secondaire, et par plutôt les parents d'élèves dans l'enseignement primaire) qui s'était imposée au tout début des années 1990 et qui a duré jusqu'en 2011 (avec comme point d'orgue la tenue d' « Etats généraux sur la sécurité à l'Ecole » en avril 2010 à la Sorbonne, avec conclusions du ministre de l'Education nationale Luc Chatel ).

La ''transition'' a été assurée en avril 2011 par la tenue d' « Assises nationales sur le harcèlement à l'Ecole » préparée par Eric Debarbieux (qui avait été  le président du conseil scientifique des « Etats généraux sur la sécurité à l'Ecole »).

Aussi étrange que cela puisse paraître, la thématique des violences à l'Ecole (voire des ''violences scolaires'') a fait irruption dans la sphère politico-médiatique à un moment que l'on peut dater précisément; et elle n'a pas quitté ensuite la scène pendant une bonne vingtaine d'années (alors qu'elle n'existait pas auparavant en tant que telle).

Cette irruption soudaine date d’octobre 1990. C’est en effet à ce moment-là que la presse se saisit des violences à l’Ecole comme thème de réflexion et d’inquiétude, ne relevant plus simplement de l’ordre des faits divers (ce qui avait toujours été le cas jusque là)

Le journal « Le Monde » est d’ailleurs un bon exemple de cette mutation soudaine. Une série d’articles paraissent à la mi-octobre 1990 sur ce thème jusqu’alors inédit : « La violence dans les lycées de la banlieue parisienne. Les enseignants rompent la loi du silence » (15 octobre) ; « Incendie, agression…nouveaux incidents dans des établissements scolaires de la banlieue parisienne » (17 octobre) ; « L’insécurité dans les établissements… Plusieurs centaines de lycéens venus de la banlieue parisienne ont à nouveau manifesté aux abords de l’inspection académique de la Seine-Saint-Denis. A Paris, les élèves du lycée d’Argenteuil ont réclamé des postes de surveillants et d’agents d’entretien supplémentaires, dénonçant la saleté et l’insécurité qui règnent dans leur établissement » (18 octobre ).

Le ministre alors en charge de l’Education nationale – Lionel Jospin – se saisit immédiatement du problème, qui devient dès lors une question politique qui ne quittera plus la scène publique. A l’occasion des questions orales à l’Assemblée nationale du mercredi 17 octobre 1990, Lionel Jospin évoque les événements survenus dans plusieurs lycées de la région parisienne. « Nous souhaitons, dit-il, que les écoles demeurent à l’abri, qu’elles soient des lieux d’éducation et de savoir, où les jeunes soient le plus possible préservés des convulsions du monde extérieur […]. Au total, conclut-il, il ne faut ni sous-estimer les problèmes de violence ni les généraliser ».

En définitive, cette irruption soudaine en 1990 de la thématique de la violence scolaire sur la scène publique peut s’expliquer par le caractère inédit des manifestations des lycéens de banlieue contre «  l’insécurité » de leurs établissements scolaires, et par l’ampleur extraordinaire du mouvement lycéen de l’automne 1990 – parti de la ‘’périphérie’’ - qui va marquer les esprits.

Les mouvements étudiants ou lycéens s’étaient jusque là développés à partir des centres villes et des établissements les plus huppés comme la Sorbonne, l’ENS d’Ulm, ou les grands lycées parisiens (avec le plus souvent des mots d’ordre, dans les années post-soixante-huitardes, contre les différentes figures de la ‘’répression’’ ). C’est dire si cette inversion ( la ‘’périphérie’’ à l’initiative ) et sur un thème inédit (pour la sécurité et l’ordre dans les établissements scolaires) fait sensation, en particulier dans le monde des médias. La thématique des violences à l’Ecole développée dans la sphère politico-médiatique en restera très marquée, dans une équivalence : violence scolaire = établissements de la périphérie. Et la problématique publique des violences scolaires s’enkystera là-dessus (alors qu’il se peut fort bien que ce ne soit pourtant là que la partie émergée de l’iceberg ).

Et c’est de novembre 1990 que l’on peut dater la première intervention ministérielle qui s’apparente aux «  plans contre la violence à l’Ecole » qui vont dès lors se succéder jusqu'en 2011

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