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Le Club de Mediapart mar. 3 mai 2016 3/5/2016 Édition de la mi-journée

Changer l'Ecole ou changer d'école?

Le deuxième terme de l’alternative est nettement plus ancien et plus massif qu’on ne le pense. Et il pèse de tout son poids sur le premier.

Et depuis longtemps, contrairement à ce que disent certains experts (qui peuvent être fort pertinents dans leur domaine, mais avoir une mémoire historique quelque peu défaillante) pour lesquels ce serait un phénomène récent  (de nature à expliquer - entre autres - les difficultés d’une détermination et d’une mobilisation collectives pour « changer l’Ecole », et a fortiori la « refonder »).

En premier lieu, le choix entre une école publique et une école privée. Les sociologues Gabriel Langouët et Alain Léger ont montré (par le suivi longitudinal de cohortes d’élèves entrés en sixième en 1971, puis en 1981) que respectivement 35% de ces élèves puis 37% d’entre eux avaient été au moins temporairement dans le privé (alors que ceux qui avaient suivi une scolarité entièrement dans le privé représentaient seulement moins de 7 % des cohortes étudiées). Les études les plus récentes montrent que l’on est toujours dans cet ordre de proportion ( accrue de ‘’quelques pour cent’’, sans plus).
Si l’on fait ce type d’étude non plus sur les élèves, mais sur leurs familles, on en est actuellement à un peu plus de 45% des familles qui utilisent au moins pour un de leurs enfants les deux écoles (un pourcentage en légère augmentation ces quinze dernières année) face à 5% des familles qui n’utilisent que le privé pour tous leurs enfants, et environ la moitié qui n’utilisent que le public pour tous leurs enfants (en légère baisse ces quinze dernières années).

En second lieu, les ‘’évitements’’ de la « carte scolaire » ( de la ‘’sectorisation’’ ). En 1986,  René Monory, ministre de l’Education nationale d’un gouvernement dirigé par Jacques Chirac,  a demandé aux sociologues Françoise Oeuvrard et Robert Ballion un rapport sur les « Nouvelles expériences concernant l’assouplissement de la sectorisation à l’entrée en sixième ».  A une extrémité, on a les couples d’agriculteurs ou d’ouvriers qui sont seulement 6% à profiter de la liberté qui leur est accordée. A l’autre extrémité, on a les couples d’enseignants et cadres qui utilisent cette possibilité dans le quart des cas. Et Robert Ballion démontre, sur une zone géographique précise, que l’accroissement de la liberté offerte aux familles dans le cadre de la désectorisation multiplie par sept les chances d’enfants de cadres et d’enseignants de se retrouver dans des classes de sixième à faible taux d’élèves en retard.
 Surtout, Robert Ballion souligne que l’assouplissement de la « sectorisation » rend visibles des pratiques certes déjà existantes, mais peu connues, et les amplifie : devenues en quelque sorte banales, elles contribuent à accentuer les différences, et par là même la concurrence entre établissements. Ce faisant, elles minent l’institution « Education nationale » en tant que telle, et participent à la mise en place de facto et symbolique d’un « marché scolaire ». On assisterait à un « changement radical d’attitude à l’égard de l’institution : celle ci n’est plus conçue comme un service public (visant à l’intérêt général ), mais comme étant un service du public ( devant répondre aux intérêts privés ) » (« La bonne école », p. 171).

C’était il y a plus d’un quart de siècle. Mais évidemment la ‘’désectorisation’’ récente engagée par Xavier Darcos sous la houlette de Nicolas Sarkozy en 2007 n’a rien arrangé…
Et l’on comprend que, dès 1999, le parti de l’ultralibéral Alain Madelin (« Démocratie libérale ») pouvait préconiser ouvertement de « donner davantage d’autonomie aux établissements, davantage de liberté et de responsabilité aux acteurs du système éducatif, rendre aux parents la liberté de choisir l’école de leurs enfants : pas une énième réforme du système éducatif, comme ce fut la tentation au cours des dernières années, mais une méthode de changement pour une révolution tranquille » (Nicolas Sarkozy s’inscrivant explicitement dans cette ligne dès sa campagne des présidentielles de 2007).

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Tous les commentaires

J'ai l'impression d'être un peu "à la maison" avec ce billet...

merci

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Histoire et politiques scolaires